01/03/2010

Une agriculture BIO - OGM ?

La prolongation du moratoire anti-OGM est au menu de la session de printemps du Conseil national. Cette prolongation est sans doute acquise  vu les forces en présence ; cela ne devrait pas empêcher nos élus de se poser des questions et de regarder un peu plus loin que la ligne bleue des Alpes.

Le succès des plantes OGM dans les pays en voie de développement déstabilise fortement le discours des milieux anti-OGM. Le cas des variétés de coton Bt résistantes au vers de la capsule qui causent des pertes considérables dans les cultures conventionnelles et biologiques est particulièrement frappant.

 

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07/12/2009

OGM et climat : la question de l’acceptation de l’expertise scientifique !

Je jalouse mes collègues climatologues, physiciens de l’atmosphère, océanologues et autres géologues. Le public leur fait confiance, les admire, les média leur accordent leurs faveurs. Il y a bien quelques contestataires qui nient l’évidence, il y a aussi une théorie du complot, mais tout le monde aujourd’hui, sauf à être franchement de mauvaise foi, admet que l’accumulation des gaz à effets de serre, gaz carbonique en particulier est une réalité et qu’elle aura des conséquences sur le climat ; qui plus est il n’y a plus aucun doute qu’elle soit d’origine humaine. L'incertitude ne porte plus que sur la nature des changements climatiques au niveau local et sur la question de savoir si nous pouvons encore maîtriser la situation.

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19/09/2009

Mort du père de la « révolution verte »

Norman Borlaug, prix Nobel de la Paix et père de la « révolution verte », vient de décéder le 12 septembre à l’âge de 95 ans. A notre connaissance, la nouvelle n’a pas fait l’objet d’un seul commentaire dans la presse romande. La recherche agronomique moderne et ses impacts sur la production alimentaire ne font manifestement pas partie des sujets intéressants dans notre pays de gens bien (trop) nourris. Serait-ce un mauvais signe ?

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09/05/2009

Pour une nouvelle agriculture biologique

L'agriculture biologique est à la mode. La grande distribution a fait son cheval de bataille de l'alimentation BIO, les cotonnades BIO sont très "fashion". Mais qu'en est-il vraiment sur le terrain? Il apparaît que, figée dans une doctrine (voir plusieurs doctrines), le mouvement BIO a de la peine à innover. La volonté de renoncer à des pesticides "naturels" mais cependant nocifs, la mise en culture de variétés nouvelles résistantes aux maladies ne sont toujours que promesses. Les contraintes idéologiques imposées par une vision fondamentaliste de l'agriculture sont-elles raisonnables? Un livre paru récemment suggère des voies nouvelles.

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04/05/2009

Finis les labours

Il est toujours intéressant pour le rat des champs, habitué à parcourir journellement la campagne avec son chien, de recevoir ses amis rats des villes. Leurs étonnement à la vision de l'agriculture telle qu'elle se pratique aujourd'hui est sans borne. De la ferme à libre parcours avec ses robots de traite automatique jusqu'aux cultures sans labourage il est vrai que beaucoup de traditions sont remises en question. Les jeunes agriculteurs d'aujourd'hui sont sans complexe, prévoyant leur futur dans un monde économique compliqué, engagés dans la perspective d'une agriculture durable, ils investissent, avec courage et intelligence dans de nouvelles techniques avec tous les risques que cela comporte. L'agriculture sans labourage avec semis direct est l'une de ses techniques.

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23/03/2009

Etes-vous "pour les OGM" ? Ni POUR ni CONTRE, bien au contraire

Cette manière bien vaudoise de se moquer d'un poseur de (mauvaise) questions pourrait bien s'appliquer au débat sur la culture de plantes transgéniques. Les scientifiques suisses sont opposés à une prolongation du moratoire sur l'utilisation des OGM dans l'agriculture, ils demandent une approche raisonnée et intelligente des problèmes posés par la sélection des nouvelles variétés de plantes cultivées; du coup, pour la gauche et la droite écologique qui s'approvisionne au même râtelier d'information, si ils ne sont pas CONTRE, ils doivent être POUR. C'est évidemment plus simple, cela permet de disposer de cette argumentation binaire, simple et si chère aux politiques. Les bons d'un côté et les mauvais de l'autre.

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17:24 Publié dans Science | Tags : ogm, blé, riz, pully, agriculture | Lien permanent | Commentaires (5)

12/01/2009

Souveraineté alimentaire et maîtrise technologique

L'histoire nous enseigne que la maîtrise des technologies a toujours été un facteur essentiel dans le succès des sociétés humaines. Apparemment ce qui fut dans les temps passés une preuve de sagesse politique, un signe de la prévoyance des gouvernements et du soucis que les dirigeants avaient de leur peuple et devenu aujourd'hui, dans ce monde "post-moderne", inacceptable. Il est de bon ton de verrouiller le système, d'interdire chaque fois que cela est possible et surtout lorsque une technologie concerne l'agriculture. Aujourd'hui, c'est au tour du gouvernement neuchâtelois d'entrer dans le système de pensée unique de notre temps.

Dans un document daté du 6 janvier 2009, le Conseil d'Etat Neuchâtelois propose en effet au Grand Conseil de déclarer le canton "canton sans OGM" soit en substance : "Dans les limites de la législation fédérale, l'Etat veille à assurer la souveraineté alimentaire en excluant les organismes génétiquement modifiés de la production des aliments, des végétaux et des produits destinés à protéger les plantes et soigner les animaux".

Dois-t'on voir là la patte de Fernand Cuche, ancien dirigeant d'Uniterre et anti-OGM notoire, ou est-ce pire? Ne soyons pas trop pessimiste. Saluons tout d'abord l'intelligence des autorités neuchâteloises qui se gardent de tomber dans le piège (tendu par Greenpeace - voir ICI) et affirment clairement que "Aucune altération tangible de la santé par l'ingestion d'aliments provenant de plantes ou d'animaux OGM n'est démontrée aujourd'hui, même sur une durée de 30 ans. La crainte d'altérer sa santé par la consommation de produits OGM est sans réel fondement .......". En ce qui concerne les risques environnementaux supposés des OGM, le canton s'en remet à la législation fédérale. Tout cela est fort bien et l'on sent que le Conseil d'Etat a écouté les scientifiques de son Université (qui est aussi le siège d'un pôle national de recherche sur les végétaux).

Paradoxalement, c'est la notion de souveraineté alimentaire qui est au centre de l'argumentation. En faisant sienne les positions du lobby anti-OGM le gouvernement neuchâtelois utilise un argument répété "ad nauseam" par celui-ci, à savoir que Monsanto et autres Syngenta, vont détruire notre agriculture et par leur position monopolistique mettent en danger le "libre accès aux semences". Cet argument est de nature strictement idéologique & dogmatique et ne résiste pas à l'analyse de la situation suisse en particulier.

Assurer une souveraineté alimentaire consiste en la maîtrise de toute la chaîne de production alimentaire. Il s'agit de rendre notre agriculture la plus performante possible et capable d'assurer une production de qualité et ceci, en quantité suffisante. La maîtrise des méthodes de la sélection végétale et en particulier des méthodes de production de plantes génétiquement modifiées est donc une nécessité. En proposant de supprimer l'option OGM un gouvernement prive donc ses agriculteurs de l'accès à l'une des méthodes les plus efficaces et prometteuse de sélection végétale, sans leur offrir de contrepartie. Le mythe des semences de ferme, à savoir les semences produites par l'agriculteur lui-même, a la vie dure. Aujourd'hui l'agriculteur dépend déjà du sélectionneur qui, lui dépend des généticiens et autres spécialistes de haut-niveau. Semer ses propres semences d'année en année, n'est plus, sauf rares exceptions, une option valable pour l'agriculteur contemporain.

A quoi se sont donc acharnés les milieux anti-OGM suisse de tout poil ces dernières années? A décourager tout investissement dans la recherche publique sur les OGM, à empêcher par tout les moyens, les chercheurs des Stations de Recherche Agronomique, de l'EPFZ et des Universités de développer des plantes résistantes aux maladies (pomme-de-terre, blé). Ils ont conspués nos collègues de l'EPFZ qui ont développé le riz-doré enrichi en pro-vitamine A. On veut nous faire croire aujourd'hui que nous sommes le jouet des multinationales, mais nous l'avons bien cherché. A force de créer des obstacles de plus en plus insurmontables pour la recherche publique, nous avons en effet mis notre avenir en danger.

Nous avons encore le potentiel de recherche agronomique suffisant et nous pouvons le mettre à disposition des besoins de l'agriculture, encore faut-il ne pas fermer toutes les portes. La proposition du gouvernement neuchâtelois va malheureusement dans ce sens: elle est d'un autre âge.

 

30/08/2008

On rase gratuit

Les événements du Caucase n’ont pas affecté le prix du brut. C’est rassurant, car cela montre que la confiance règne, et que, malgré les discours enflammés, tout le monde considère que la Russie n’ira pas plus loin et que l’oléoduc de la Caspienne n’est pas menacé. Entre gens sérieux on se comprend à mi-mot.

Il faut toutefois ne pas croire que le prix de l’or noir  va en rester là, un retour en arrière n’est plus possible et à l’exception de fluctuations saisonnières, le prix va augmenter ; même les plus acharnés partisans de la bagnole à tout prix l’admettent et envisagent le pire. Il n’en fallait pas plus pour que depuis environ une année, les bons apôtres du « il n’y a qu’à » s’en réfèrent aux carburants de substitution, biocarburants par-ci, hydrogène par là, c’est un foisonnement d’idées.

L’hydrogène a du plomb dans l’aile, car à part quelques applications ciblées, on imagine mal monsieur  tout-le-monde faire rouler sa voiture à l’aide d’un combustible si cher à produire (à coup d’électricité nucléaire bien entendu). Quelques collègues rêvent de produire de l’hydrogène avec des bactéries photosynthétiques ou des chimio-bactéries thermophiles, mais je doute qu’une telle production n’atteigne jamais l’échelle industrielle souhaitée.

Les biodiesel, biogaz et autres produits de la fermentation des résidus de l’agriculture ont par contre le vent en poupe. Il est certain que des progrès techniques majeurs des processus de fermentation vont voir le jour, on peut encore optimiser les rendements énergétiques des biotransformations. Toutes les méthodes de production de biocarburants sont basées sur une dégradation de la cellulose et des molécules apparentées, voire des lipides d'origine agricole. Les recherches sur la dégradation de la lignine produisent déjà des résultats intéressants. Cette dernière doit cependant, comme la cellulose, être considérée comme un bien précieux; ses produits de dégradation naturels (les acides humiques) contribuent à la formation du complexe argilo-humique constituant fondamental de la bonne structure d'un sol et donc finalement de sa fertilité. Tout prélèvement de lignine aura donc un coût écologique dont il faudra tenir compte. Il n'est pas certain non plus que le bois et les déchets forestiers puissent être une source de carburant compétitive, leur utilisation pour la construction ou pour le chauffage est certainement prioritaire. Il nous faut absolument laisser l’usage des biocarburants en priorité à l’agriculture sachant que pour une agriculture mixte en plaine il faut pour satisfaire les besoins propres à l’exploitation consacrer environ 10% des surface cultivées, voire plus,  à la production de carburants ( voir : ICI). Il faut ajouter à cela le transport et la transformation des céréales, oléagineux, et autres en produits finis. On voit donc  qu’il ne restera pas grand-chose pour faire rouler notre chère voiture. Au prix où l'on va devoir payer les engrais, le lisier et autres déchets animaux vont aussi devoir être réservés à la fertilisation des sols, inutile de trop rêver de biogaz.

L’idée farfelue qui voudrait que chaque être humain (nous sommes déjà plus de 6 milliards) puisse consommer l’équivalent énergétique de ce que consomme un citoyen suisse, est déjà abandonnée. Nous allons devoir revenir, au minimum, à un mode de vie qui a été celui d'il y a 50 ans, après la guerre.  La vie n’était pas facile mais elle n’était pas désagréable : on voyageait peu, on ne mangeait de la viande que le dimanche et on gardait longtemps les mêmes vêtements. Nous vivions mieux que la plus grande part de l’humanité d’aujourd’hui. On ne rasera plus gratuit: c'est bien fini.

12/06/2008

Raz la patate

369836895.jpg2008 : L’année de la pomme-de-terre est là pour nous rappeler le temps perdu ; il y a presque dix ans en 1999, un ukase de l’inénarrable Philippe Roch met fin, définitivement, aux travaux de recherche de la Station Fédérale de Recherche Agronomique de Changins consacrés au développement de variétés résistantes au mildiou.

On a tout entendu depuis ; les promesses des agriculteurs BIO de renoncer, dès 2005, oui, oui, juré, aux calamiteux sulfate de cuivre, fongicide de grand-père, polluant des sols, tueur absolu de toute la flore fongique du sol ; les élucubrations des tiers-mondistes qui nous promettaient la pomme-de-terre bleue, celle qui résiste à tous les pathogènes, qui est cultivée par les paysans andins, celle qui allait remplacer la Bintje maudite de la grande agriculture dépravée du monde occidental. Rien de tout cela ne s’est produit. Nous avons perdu 10 ans à regarder le monde changer avec notre bonne conscience (socialiste, écologiste, tiers-mondiste, …)

Aujourd’hui la pomme-de-terre biologique est pratiquement introuvable et l’agriculteur bio continue de pulvériser sur son champ insecticides (autorisés) et autres fongicides (autorisés eux aussi); mais c’est juré, pas plus de 3 kilogramme par hectare et par an de sulfate de cuivre et tant pis pour les mycorhizes. Quant à la Bintje et autres Charlottes, il faut bien que l’agriculteur lambda s’y mette pour satisfaire la faim de la populace et quand ça ne suffit plus on autorise l’importation de 5000 tonnes de patate égyptienne (priorité à l’Eurofoot bien entendu), sans état d’âme et sans s’offusquer de ce que l’Pomme-de-terre.jpgon vole ainsi le pain de la bouche d’un peuple qui, cette année, a de la peine à se nourrir.

Oui j’en ai raz la patate. Avez-vous entendu Adèle Thorens, la porte parole de la bonne conscience écologiste verte hier soir 12 juin, aux infos sur la RSR ? La recherche scientifique sur les OGM, oui nous sommes pour, c’est pour cela qu’il y a un moratoire. Non, nous ne sommes pas contre, mais …. Que ces absolutistes à tous crins le disent, qu’ils aient le courage de leur religion. Ils n’en veulent pas, mais pas du tout. Ce qu’ils veulent ce sont des scientifiques à genoux qui demandent pardon qui promettent de renoncer à tous ces travaux diaboliques. Ils rêvent avec leurs amis popistes et autres anciens communistes d’un nouveau Lyssenko qui les débarrasserait de la génétique bourgeoise et capitaliste et qui leur promettrait une vraie agriculture pour le peuple par le peuple. Ils sont prêt à faire tous les procès possible à chaque proposition d’essais en champ, que cela ait déjà coûté plusieurs centaines de milliers de francs en frais de procédure ne les intéresse pas, ils continuent. Trois ans de plus pour le moratoire c’est tout ça de gagné. Et puis, il y a le principe de précaution, cette trouvaille idéologique géniale dont la définition fumeuse et contestée permet d’interdire à peu près tout sans aucune justification, alors pourquoi s’en priver.

Des chercheurs Lyonnais et Genevois viennent de publier dans un récent numéro de la revue scientifique PNAS leurs résultats portant sur 10 ans de cultures de maïs transgénique Bt. Pas de trace de transfert de gène de résistance aux antibiotiques dans le sol, donc pas de risque. Ce résultat était prévisible et dans la logique de nos connaissances, mais enfin il fallait le démontrer pour que le sceptique St Thomas y croie, c’est fait.

Dix ans de perdus pour la pomme-de-terre, ce sont aussi dix ans de perdu pour la protection de l’environnement, pour une agriculture durable et pour les pays en voie de développement, et merci à Martine Brunschwig-Graf de l’avoir rappelé dans la même émission de la RSR.

Oui « le rupestre » est fâché, il a de la peine à retourner à son jardin pour le cultiver comme le lui recommande la sagesse.