04/10/2008

Enfin une récompense

Les bonnes nouvelles sont rares, mais il y avait une en cette fin de semaine. Le rupestre était déjà très satisfait de l'augmentation des surfaces de roches et autres bétons mises à disposition des rupestres vaudois par la mise en route du métro M2, il avait vu avec nostalgie les vaches ruper leur dernière herbes d'alpage et suivit la dernière desalpe de ce samedi et voilà maintenant qu'il obtient un prix prestigieux, même si c'est bien entendu collectivement et qu'il doit le partager avec tous ses concitoyens .

En effet, en ce froid début d'automne 2008 tombe une nouvelle que personne n'attendait mais qui nous réjouit tous: le prix Ig Noble de la paix vient d'être décerné en date du 2 octobre 2008 à la Commission Fédérale d'Ethique dans le Domaine Non-Humain (EKAH) et aux citoyens suisses. Il s'agit d'un honneur rare et qui pour la première foi honore le travail d'un collectif de scientifiques travaillant pour la Confédération Hélvétique sur mandat du peuple suisse.  C'est donc sur notre gouvernement et sur nous tous que rejaillit la gloire. L'EKAH a été représentée à Harvard par l'un de ses membre éminent, le Dr. Urs Thurnherr de Karlsruhe qui a fait le déplacement à ses frais (ça ne coute rien au contribuable).  Le prix nous est bien entendu attribué pour avoir adopté le principe légal de la dignité des plantes.

Je ne peux qu'inviter chacun, en ces jours froids et pluvieux à lire attentivement le texte original du rapport, si il ne l'a déjà fait, pour en apprécier le caractère complexe et le côté surréaliste. Il comprendra alors tout le sens du prix qui vient de lui être attribué ad personam. 

Pour conclure et parachever ce petit mot récitons tous en coeur la devise humaniste du prix IgNoble " Rire d'abord et penser ensuite"  .

15/07/2008

Entretien avec un chou-fleur

Ce matin, seul, chou-fleur.JPG je buvais mon café au lait sur le coin de la table de la cuisine lorsque j’entendis une petite voix m'interpeller : « J’ai lu le journal par-dessus ton épaule et je trouve ce texte très intéressant ». C’était le petit joufflu posé sur son assiette qui parlait ainsi.  Bien sûr, il était destiné au plat à gratin, son avenir était scellé, mais il avait semble t’il quelque chose à me dire.  Au lecteur interloqué qui se demande si je plaisante, je dirais que non. Non, je ne plaisante pas. Une familiarité d’un demi siècle avec les plantes, dans mon laboratoire et au dehors font que je comprends mieux leur langue que le russe ou le japonais.  Certes elles ne parlent souvent que par allusion, sobrement, se contentant de  nous piéger par leur beauté et leur parfum ; mais il m’est arrivé quelques fois de les entendre s’exprimer sur des sujet très savants ; j’ai chaque fois publié notre entretien ce qui m’a valu une certaine notoriété scientifique.

  • J’ai donc répondu ce matin : « Oui, c’est le rapport de la Commission fédérale d’éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (EKAH) sur la dignité de la créature dans le règne végétal qui a été publié ce printemps.  Je suppose que tu te sens concerné »
  • « Bien sûr ; il y a des fois où je ne me sens pas très normal, un peu trop gros ; et puis toutes ses inflorescences immatures et stériles, elles me font douter de mes capacités sexuelles.  J’ai lu dans ce rapport  que j’aurais sujet à me plaindre ; si je le faisais trouverais-je des oreilles attentives. ?»
  • «  Ne t’y trompe pas » lui dis-je, « Ce rapport est destiné aux hommes, aux politiciens, ce sont eux qui font les lois. On protégera votre autonomie, votre capacité de reproduction et d’adaptation (sic). Tu vois bien que ta vie sexuelle sera prise en compte, peut-être ta tendance à l'obésité aussi. Mais derrière tout cela il y aura un agenda politique, alors n'espère pas trop.»
  • « Tu le sais bien, nous avons toutes des problèmes de sexe et les hommes ça les ennuie. Ils voudraient que tout soit simple, normal. Mais nous on est bisexuées, polyandres, polysexuées, parfois stériles, apomictiques ( ??? voir la note 2) et puis le pire, c’est qu’ on se clone soi-même sans retenue.  Et puis mon obésité, je n’ose même pas en parler, les écologistes et les socialistes disent que ce n'est pas normal, que c'est une perversion de la société capitaliste moderne que de produire de grosses plantes. Pourtant on m'aime bien en Inde. »
  • « Arrêtes » lui répondis-je « tu vois bien que personne ne te comprends; surtout pas les théologiens et les éthiciens pour qui seuls existent le féminin et le masculin, quant aux autres !!!».
  • « C’est vrai, mais pas très rassurant:. Explique-moi pourquoi les hommes en veulent tellement à mes cousins transgéniques (j’ai toute une parenté de colza OGM émigrée au Canada; nous nous parlons de temps en temps), ils ne sont pas anormaux, ils sont plutôt sympa ?  J'ai entendu dire que, même en Suisse, il y a des  gens qui  nous massacrent en nous piétinants, en nous arrachant, n’est-ce pas contre notre dignité de plante »
  • « Ne te fais pas tant de soucis » rétorquais-je, « tu vois bien que malgré ton obésité et ta sexualité difficile à comprendre, on t’aime bien  et qu’on a finit par t’adopter ainsi que  tes cousins italiens le  broccoli et le romanesco .  On finira bien par aimer aussi tes cousins canadiens OGM. Et puis on va peut-être créer un poste d’avocat des plantes ;  tes cousins et toi pourrez vous plaindre si l’on vous moleste ; c’est un progrès n’est-ce pas ?»

J’entendis un soupir, puis notre conversation s’arrêta là. Mon chou-fleur me recommanda encore de mettre un peu de fromage sur le gratin, mais pas trop pour ne pas casser le goût.  Je lui ai promis et il m’a souhaité bon appétit. 


  1. Les plantes ne parlent pas seulement, elles font aussi des MATH : allez y voir au Jardin Botanique de Genève, ça vaut la peine.
  2. Plante apomictique : produit des semences génétiquement identiques à la plante mère (c’est le cas des agrumes : oranges, citrons). C' est un sujet important de la recherche agronomique.