14/12/2008

Pectine, OGM et réchauffement climatique

jspuree1.jpgDans l’histoire mouvementée des OGM, le premier aliment OGM commercialisé avec un certain succès fut une purée de tomate: il  s'agit là aussi d'une histoire de pectine. Des chercheurs de l'Université de Nottingham en Angleterre avaient en 1989  réussi à développer une tomate transgénique ne produisant pratiquement plus de pectinase (cette enzyme qui détruit  les pectines des fruits).

Cette variété de tomate OGM, cultivée en Californie et au Chili dans des climats propices,  servit à produire des conserves de purée de tomate, qui furent mises sur le marché anglais entre 1996 et 1999. Ce fut un certain  succès commercial (plus de 2 millions de boîtes vendues) puisque ces boîtes de purée de tomates OGM (dument  étiquetées comme tel) étaient 20% meilleurs marché que les boîtes de purée faites avec des variétés de tomates plus conventionnelles.

Cette production fut abandonnée sous la pression des mouvements anti-OGM. 

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13/12/2008

Cynorhodon, pectine et OGM

cynorhodons detail_150.jpgBelle saison que cette fin d'automne qui se trouve être déjà l'hiver. L'occasion de partir avec le chien, dans la  neige, musarder au hasard des haies et de faire le plein de baie d'églantine (la rose des chiens - Rosa canina - Cynorhodon) pour les confitures. C'est en effet après les premiers gels que ce fruit devient prêt à la préparation  d'une des meilleures douceurs qui soit. Les égratignures sont évidemment le prix à payer pour ce travail, mais sous le  soleil ou la bise, rien n'est plus excitant que de se promener sans autre but qu'une promesse gourmande. Le chien  d'ailleurs ne se fait pas prier et renonce à ses gambades pour venir croquer la baie gelée, qu'il apprécie par  dessus tout.

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14:04 Publié dans Cuisine | Tags : pectine, confiture, cynorhodon, ogm, climat | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/11/2008

Manifeste pour une interdiction du chocolat

Qu’est ce qui pourrait me pousser à exiger de l’OFSP une interdiction totale et immédiate du chocolat sur le territoire suisse ? Ce sont des études très sérieuses effectuées sur le chien qui démontrent que la consommation de chocolat conduit à une intoxication grave voire, dans certains cas, à la mort.  Aucune étude à long terme n’a été faite sur les humains (j’ai vérifié) ; il se pourrait que bien des maux qui affectent notre civilisation moderne soient liés à une consommation chronique de chocolat sur une longue période et sur plusieurs générations. Le principe de précaution doit être appliqué. Vous trouveriez sans doute que j’exagère, mais c’est pourtant bien ce que Greenpeace nous propose ces jours ci.

Greenpeace exige en effet de l’OFSP une interdiction immédiate des aliments obtenus à partir de plantes génétiquement modifiées (PGM-OGM)  « L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) doit absolument agir et supprimer l'autorisation de commercialiser toutes les plantes GM déjà autorisées en Suisse. ». A l’appui de sa demande, Greenpeace fait état d’une étude mandatée par le gouvernement Autrichien et qui a été présentée lors d’un colloque ad hoc ce 11 novembre 2008 à Vienne. Cette étude, selon Greenpeace,  montrerait que «.. des souris nourries avec du maïs GM ont donné naissance à des souriceaux moins nombreux et plus faibles.. » ;  la conclusion, toujours selon Greenpeace, serait que «.. des couples devraient renoncer à leur désir d'enfant parce qu'ils ont été rendus stériles par l'ingestion d'aliments GM. ». On reconnaît là le type de dialectique simpliste pratiquée par cette organisation. 

Mais direz-vous : « cette étude sur les souris, c’est quand même du sérieux !!! ». Disons tout de suite que la méthode utilisée pour rendre publique cette étude est pour le moins étrange et soulève de nombreuses questions. Pourquoi le gouvernement autrichien a-t’il utilisé la voie d’un colloque ad hoc pour communiquer ? Pourquoi cette étude n’a-t’elle pas fait l’objet d’une publication dans un journal scientifique et n’a-t-elle pas été soumise à contrôle et à révision par la communauté scientifique?  Pourquoi n’autorise t’on pas les chercheurs impliqués à divulguer eux-mêmes leurs résultats?  Ces pratiques, que l'on reproche à juste titre à certaines industries ne sont pas tolérables de la part d’une institution publique. S’agirait-il de la part du gouvernement autrichien, notoirement opposé à l’introduction  des OGM dans l’agriculture de l’UE, de mettre dans l’embarras la commission de Bruxelles et de susciter une crise   ? On sait que le temps presse, que les arguments des opposants aux OGM, répétés ad nauseam, ne font plus mouche et doivent être recyclés, trop d'intérêts sont en jeux, ceux de la lucrative filière BIO en particulier.

L’étude elle-même, ou tout au moins ce qui en a été publié sur internet, n’apporte rien de nouveau.  Les différences observées entre diètes avec ou sans OGM (nombre de souriceaux de la 3ème ou 4ème portées) sont minimes et les conclusions hâtivement tirées des résultats obtenus sont basées sur une analyse statistique rudimentaire et inappropriée. Dans le même esprit, on aurait pu tirer de cette étude des arguments en faveurs des OGM comme la plus grande longévité des  souris ayant consommé du maïs OGM, la moins grande mortalité des petits, et le reste à l’avenant. 

Toutes notre sympathie va aux responsables scientifiques de l’étude autrichienne qui, apparemment contre leur gré, ont du se prêter à cette mascarade.  Nous attendons une publication en bonne et due forme dans un journal scientifique.  De toute manière nous sommes des hommes, pas des souris.

Quant à moi pour l’Escalade, foi de genevois, j’achèterai une marmite en chocolat (contenant bien entendu de la lécithine de soja transgénique comme tous les chocolats suisses !).

18:56 Publié dans Science | Tags : chocolat, souris, statistiques, ofsp, maïs, fertilité, ogm | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

05/10/2008

Eau en carafe et pensée en carafe

Manger et boire dans la perspective du développement durable quel magnifique programme; revenons donc sur une idée qui a remué les esprits au début de cet été: interdire l'eau en bouteille; voilà qui est frappé du bon sens ; n’y a-t’il pas que le vin qui mérite le flacon?

Quand on y pense comment avons-nous pu nous, d’une génération pas si « out » que cela,  passer notre enfance et notre jeunesse dans un pays aussi civilisé que la Suisse sans disposer de cette commodité ? La raison est qu’elle est superflue et que ce fut d’abord une médecine. Seuls les vieux messieurs et les vieilles dames buvaient de l’eau en bouteille, cette eau contenait des sels diurétiques, digestifs, parfois mêmes radioactifs, ce qui suffisait pour tenir les enfants à distance. Quand il n’y avait pas d’eau potable et bien on la cuisait et on en faisait du thé ou de la limonade. Au petit bistrot où mon grand-père me menait, j’avais droit, pendant qu’il buvait son verre, au sirop grenadine agrémenté d’une eau de siphon abondamment gazeuse. En course de montagne, l’eau du torrent coupée de fendant faisait merveille pour étancher la soif. Mais une bouteille, personne n’en avait besoin et n’en avait donc l’idée. Il est bien connu qu’en Suisse, aucun village n’est suffisamment distant d’un autre pour que l’on sente la soif lorsqu'on parcoure le pays. Il existe une vallée de la soif au pied du Jura vaudois mais ça reste une curiosité remarquable.

Nous avons à faire, avec l’eau en bouteille, à une denrée pratiquement inutile si ce n’est pour des raisons médicales ; mais même la médecine a changé et nous n’allons plus aux eaux. Imaginer que l’on puisse l'interdire revient donc à proposer une expérience nature sur les capacités de l’être humain du 21ème siècle à  remettre en cause ses comportement aberrants. On ne prend aucun risque sanitaire, au mieux un petit risque économique pour ceux qui vivent de ce commerce. Si nous ne sommes pas en mesure de réaliser cet objectif minimaliste, c’est que nous ne sommes pas prêts à nous sacrifier pour préserver nos ressources et notre environnement.

Genève interdit la tabagie dans les lieux publiques c’est bien, même si il faut passer par une législation encore à faire ; un magistrat zélé veut faire manger ses concitoyens selon les principes du développement durable c’est louable. Mais tout ceci n’est que de la politique futile qui ne sert qu’à se faire élire lors des prochaines échéances. On jugera tout cela sur les résultats ; pour cela il faut que chacun sorte son esprit critique et sa raison de la carafe où les ont enfermées des années de publicité, de marketing éhonté et de mensonges. A lire la presse de boulevard et à voir la télévision d’aujourd’hui, ce ne sera pas facile. C'est bien ce matraquage qu'il faudra interdire d'abord et avant tout.

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04/10/2008

Enfin une récompense

Les bonnes nouvelles sont rares, mais il y avait une en cette fin de semaine. Le rupestre était déjà très satisfait de l'augmentation des surfaces de roches et autres bétons mises à disposition des rupestres vaudois par la mise en route du métro M2, il avait vu avec nostalgie les vaches ruper leur dernière herbes d'alpage et suivit la dernière desalpe de ce samedi et voilà maintenant qu'il obtient un prix prestigieux, même si c'est bien entendu collectivement et qu'il doit le partager avec tous ses concitoyens .

En effet, en ce froid début d'automne 2008 tombe une nouvelle que personne n'attendait mais qui nous réjouit tous: le prix Ig Noble de la paix vient d'être décerné en date du 2 octobre 2008 à la Commission Fédérale d'Ethique dans le Domaine Non-Humain (EKAH) et aux citoyens suisses. Il s'agit d'un honneur rare et qui pour la première foi honore le travail d'un collectif de scientifiques travaillant pour la Confédération Hélvétique sur mandat du peuple suisse.  C'est donc sur notre gouvernement et sur nous tous que rejaillit la gloire. L'EKAH a été représentée à Harvard par l'un de ses membre éminent, le Dr. Urs Thurnherr de Karlsruhe qui a fait le déplacement à ses frais (ça ne coute rien au contribuable).  Le prix nous est bien entendu attribué pour avoir adopté le principe légal de la dignité des plantes.

Je ne peux qu'inviter chacun, en ces jours froids et pluvieux à lire attentivement le texte original du rapport, si il ne l'a déjà fait, pour en apprécier le caractère complexe et le côté surréaliste. Il comprendra alors tout le sens du prix qui vient de lui être attribué ad personam. 

Pour conclure et parachever ce petit mot récitons tous en coeur la devise humaniste du prix IgNoble " Rire d'abord et penser ensuite"  .

11:47 Publié dans Science | Tags : harvard, ig noble, dignité, éthique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

30/08/2008

On rase gratuit

Les événements du Caucase n’ont pas affecté le prix du brut. C’est rassurant, car cela montre que la confiance règne, et que, malgré les discours enflammés, tout le monde considère que la Russie n’ira pas plus loin et que l’oléoduc de la Caspienne n’est pas menacé. Entre gens sérieux on se comprend à mi-mot.

Il faut toutefois ne pas croire que le prix de l’or noir  va en rester là, un retour en arrière n’est plus possible et à l’exception de fluctuations saisonnières, le prix va augmenter ; même les plus acharnés partisans de la bagnole à tout prix l’admettent et envisagent le pire. Il n’en fallait pas plus pour que depuis environ une année, les bons apôtres du « il n’y a qu’à » s’en réfèrent aux carburants de substitution, biocarburants par-ci, hydrogène par là, c’est un foisonnement d’idées.

L’hydrogène a du plomb dans l’aile, car à part quelques applications ciblées, on imagine mal monsieur  tout-le-monde faire rouler sa voiture à l’aide d’un combustible si cher à produire (à coup d’électricité nucléaire bien entendu). Quelques collègues rêvent de produire de l’hydrogène avec des bactéries photosynthétiques ou des chimio-bactéries thermophiles, mais je doute qu’une telle production n’atteigne jamais l’échelle industrielle souhaitée.

Les biodiesel, biogaz et autres produits de la fermentation des résidus de l’agriculture ont par contre le vent en poupe. Il est certain que des progrès techniques majeurs des processus de fermentation vont voir le jour, on peut encore optimiser les rendements énergétiques des biotransformations. Toutes les méthodes de production de biocarburants sont basées sur une dégradation de la cellulose et des molécules apparentées, voire des lipides d'origine agricole. Les recherches sur la dégradation de la lignine produisent déjà des résultats intéressants. Cette dernière doit cependant, comme la cellulose, être considérée comme un bien précieux; ses produits de dégradation naturels (les acides humiques) contribuent à la formation du complexe argilo-humique constituant fondamental de la bonne structure d'un sol et donc finalement de sa fertilité. Tout prélèvement de lignine aura donc un coût écologique dont il faudra tenir compte. Il n'est pas certain non plus que le bois et les déchets forestiers puissent être une source de carburant compétitive, leur utilisation pour la construction ou pour le chauffage est certainement prioritaire. Il nous faut absolument laisser l’usage des biocarburants en priorité à l’agriculture sachant que pour une agriculture mixte en plaine il faut pour satisfaire les besoins propres à l’exploitation consacrer environ 10% des surface cultivées, voire plus,  à la production de carburants ( voir : ICI). Il faut ajouter à cela le transport et la transformation des céréales, oléagineux, et autres en produits finis. On voit donc  qu’il ne restera pas grand-chose pour faire rouler notre chère voiture. Au prix où l'on va devoir payer les engrais, le lisier et autres déchets animaux vont aussi devoir être réservés à la fertilisation des sols, inutile de trop rêver de biogaz.

L’idée farfelue qui voudrait que chaque être humain (nous sommes déjà plus de 6 milliards) puisse consommer l’équivalent énergétique de ce que consomme un citoyen suisse, est déjà abandonnée. Nous allons devoir revenir, au minimum, à un mode de vie qui a été celui d'il y a 50 ans, après la guerre.  La vie n’était pas facile mais elle n’était pas désagréable : on voyageait peu, on ne mangeait de la viande que le dimanche et on gardait longtemps les mêmes vêtements. Nous vivions mieux que la plus grande part de l’humanité d’aujourd’hui. On ne rasera plus gratuit: c'est bien fini.

18:32 Publié dans Société - People | Tags : agriculture, biocarburants, sols, pétrole, biodiesel, biogaz, cellulose | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

15/07/2008

Entretien avec un chou-fleur

Ce matin, seul, chou-fleur.JPG je buvais mon café au lait sur le coin de la table de la cuisine lorsque j’entendis une petite voix m'interpeller : « J’ai lu le journal par-dessus ton épaule et je trouve ce texte très intéressant ». C’était le petit joufflu posé sur son assiette qui parlait ainsi.  Bien sûr, il était destiné au plat à gratin, son avenir était scellé, mais il avait semble t’il quelque chose à me dire.  Au lecteur interloqué qui se demande si je plaisante, je dirais que non. Non, je ne plaisante pas. Une familiarité d’un demi siècle avec les plantes, dans mon laboratoire et au dehors font que je comprends mieux leur langue que le russe ou le japonais.  Certes elles ne parlent souvent que par allusion, sobrement, se contentant de  nous piéger par leur beauté et leur parfum ; mais il m’est arrivé quelques fois de les entendre s’exprimer sur des sujet très savants ; j’ai chaque fois publié notre entretien ce qui m’a valu une certaine notoriété scientifique.

  • J’ai donc répondu ce matin : « Oui, c’est le rapport de la Commission fédérale d’éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (EKAH) sur la dignité de la créature dans le règne végétal qui a été publié ce printemps.  Je suppose que tu te sens concerné »
  • « Bien sûr ; il y a des fois où je ne me sens pas très normal, un peu trop gros ; et puis toutes ses inflorescences immatures et stériles, elles me font douter de mes capacités sexuelles.  J’ai lu dans ce rapport  que j’aurais sujet à me plaindre ; si je le faisais trouverais-je des oreilles attentives. ?»
  • «  Ne t’y trompe pas » lui dis-je, « Ce rapport est destiné aux hommes, aux politiciens, ce sont eux qui font les lois. On protégera votre autonomie, votre capacité de reproduction et d’adaptation (sic). Tu vois bien que ta vie sexuelle sera prise en compte, peut-être ta tendance à l'obésité aussi. Mais derrière tout cela il y aura un agenda politique, alors n'espère pas trop.»
  • « Tu le sais bien, nous avons toutes des problèmes de sexe et les hommes ça les ennuie. Ils voudraient que tout soit simple, normal. Mais nous on est bisexuées, polyandres, polysexuées, parfois stériles, apomictiques ( ??? voir la note 2) et puis le pire, c’est qu’ on se clone soi-même sans retenue.  Et puis mon obésité, je n’ose même pas en parler, les écologistes et les socialistes disent que ce n'est pas normal, que c'est une perversion de la société capitaliste moderne que de produire de grosses plantes. Pourtant on m'aime bien en Inde. »
  • « Arrêtes » lui répondis-je « tu vois bien que personne ne te comprends; surtout pas les théologiens et les éthiciens pour qui seuls existent le féminin et le masculin, quant aux autres !!!».
  • « C’est vrai, mais pas très rassurant:. Explique-moi pourquoi les hommes en veulent tellement à mes cousins transgéniques (j’ai toute une parenté de colza OGM émigrée au Canada; nous nous parlons de temps en temps), ils ne sont pas anormaux, ils sont plutôt sympa ?  J'ai entendu dire que, même en Suisse, il y a des  gens qui  nous massacrent en nous piétinants, en nous arrachant, n’est-ce pas contre notre dignité de plante »
  • « Ne te fais pas tant de soucis » rétorquais-je, « tu vois bien que malgré ton obésité et ta sexualité difficile à comprendre, on t’aime bien  et qu’on a finit par t’adopter ainsi que  tes cousins italiens le  broccoli et le romanesco .  On finira bien par aimer aussi tes cousins canadiens OGM. Et puis on va peut-être créer un poste d’avocat des plantes ;  tes cousins et toi pourrez vous plaindre si l’on vous moleste ; c’est un progrès n’est-ce pas ?»

J’entendis un soupir, puis notre conversation s’arrêta là. Mon chou-fleur me recommanda encore de mettre un peu de fromage sur le gratin, mais pas trop pour ne pas casser le goût.  Je lui ai promis et il m’a souhaité bon appétit. 


  1. Les plantes ne parlent pas seulement, elles font aussi des MATH : allez y voir au Jardin Botanique de Genève, ça vaut la peine.
  2. Plante apomictique : produit des semences génétiquement identiques à la plante mère (c’est le cas des agrumes : oranges, citrons). C' est un sujet important de la recherche agronomique.

11:32 Publié dans Science | Tags : ogm, choux, éthique, dignité, plantes, créature, végétal | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

12/06/2008

Raz la patate

369836895.jpg2008 : L’année de la pomme-de-terre est là pour nous rappeler le temps perdu ; il y a presque dix ans en 1999, un ukase de l’inénarrable Philippe Roch met fin, définitivement, aux travaux de recherche de la Station Fédérale de Recherche Agronomique de Changins consacrés au développement de variétés résistantes au mildiou.

On a tout entendu depuis ; les promesses des agriculteurs BIO de renoncer, dès 2005, oui, oui, juré, aux calamiteux sulfate de cuivre, fongicide de grand-père, polluant des sols, tueur absolu de toute la flore fongique du sol ; les élucubrations des tiers-mondistes qui nous promettaient la pomme-de-terre bleue, celle qui résiste à tous les pathogènes, qui est cultivée par les paysans andins, celle qui allait remplacer la Bintje maudite de la grande agriculture dépravée du monde occidental. Rien de tout cela ne s’est produit. Nous avons perdu 10 ans à regarder le monde changer avec notre bonne conscience (socialiste, écologiste, tiers-mondiste, …)

Aujourd’hui la pomme-de-terre biologique est pratiquement introuvable et l’agriculteur bio continue de pulvériser sur son champ insecticides (autorisés) et autres fongicides (autorisés eux aussi); mais c’est juré, pas plus de 3 kilogramme par hectare et par an de sulfate de cuivre et tant pis pour les mycorhizes. Quant à la Bintje et autres Charlottes, il faut bien que l’agriculteur lambda s’y mette pour satisfaire la faim de la populace et quand ça ne suffit plus on autorise l’importation de 5000 tonnes de patate égyptienne (priorité à l’Eurofoot bien entendu), sans état d’âme et sans s’offusquer de ce que l’Pomme-de-terre.jpgon vole ainsi le pain de la bouche d’un peuple qui, cette année, a de la peine à se nourrir.

Oui j’en ai raz la patate. Avez-vous entendu Adèle Thorens, la porte parole de la bonne conscience écologiste verte hier soir 12 juin, aux infos sur la RSR ? La recherche scientifique sur les OGM, oui nous sommes pour, c’est pour cela qu’il y a un moratoire. Non, nous ne sommes pas contre, mais …. Que ces absolutistes à tous crins le disent, qu’ils aient le courage de leur religion. Ils n’en veulent pas, mais pas du tout. Ce qu’ils veulent ce sont des scientifiques à genoux qui demandent pardon qui promettent de renoncer à tous ces travaux diaboliques. Ils rêvent avec leurs amis popistes et autres anciens communistes d’un nouveau Lyssenko qui les débarrasserait de la génétique bourgeoise et capitaliste et qui leur promettrait une vraie agriculture pour le peuple par le peuple. Ils sont prêt à faire tous les procès possible à chaque proposition d’essais en champ, que cela ait déjà coûté plusieurs centaines de milliers de francs en frais de procédure ne les intéresse pas, ils continuent. Trois ans de plus pour le moratoire c’est tout ça de gagné. Et puis, il y a le principe de précaution, cette trouvaille idéologique géniale dont la définition fumeuse et contestée permet d’interdire à peu près tout sans aucune justification, alors pourquoi s’en priver.

Des chercheurs Lyonnais et Genevois viennent de publier dans un récent numéro de la revue scientifique PNAS leurs résultats portant sur 10 ans de cultures de maïs transgénique Bt. Pas de trace de transfert de gène de résistance aux antibiotiques dans le sol, donc pas de risque. Ce résultat était prévisible et dans la logique de nos connaissances, mais enfin il fallait le démontrer pour que le sceptique St Thomas y croie, c’est fait.

Dix ans de perdus pour la pomme-de-terre, ce sont aussi dix ans de perdu pour la protection de l’environnement, pour une agriculture durable et pour les pays en voie de développement, et merci à Martine Brunschwig-Graf de l’avoir rappelé dans la même émission de la RSR.

Oui « le rupestre » est fâché, il a de la peine à retourner à son jardin pour le cultiver comme le lui recommande la sagesse.

21:54 Publié dans Développement durable | Tags : pomme-de-terre, ogm, alimentation, agriculture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

15/05/2008

Mourir de faim ? Pourvu que ce soit sans OGM

En ces jours où la détresse alimentaire fait la une des journaux il est de bon ton de se demander si le recours aux plantes transgéniques (OGM) pourrait être une solution. A cela on trouve deux types de réponse.
  • La première, très à la mode dans certains milieux de l’aide au développement, est de clamer haut et fort que, si les pauvres ne mangent plus à leur faim, c’est que le commerce mondial est injuste, qu’il y assez de nourriture, mais que les plus démunis ne peuvent ni se la procurer ni, surtout l’acheter.
  • La deuxième est de considérer que les pays pauvres manquent surtout de moyens efficaces de produire de la nourriture et qu’il suffirait d’améliorer la qualité des semences et de donner au paysans, accès aux méthodes modernes de l’agriculture (en recourant même, lorsque cela s’avère nécessaire, aux OGM).
Un récent rapport de la Croix-Rouge suisse au Libéria montre de manière claire que le facteur essentiel qui amène à une sous-nutrition chronique, voir à une famine endémique, est le déficit de la production agricole locale et de l’infrastructure nécessaire à sa mise en valeur :
  • Etat des routes insuffisant en milieu rural
  • Insécurité, harcèlement conduisant aux refuges en zone urbaine (moins de main d’œuvre agricole et augmentation excessive de la taille des villes)
  • Fort syndrome de dépendance (lié à l’intervention inadéquate de certaines ONG)
  • La prévalence des parasites, des insectes et des maladies virales des plantes
  • L’instabilité des prix des semences (spéculation au début des semailles)
  • Un entreposage des semences défectueux et insuffisant
  • La qualité insuffisante des semences locales (moins de 30% de pouvoir germinatif)
  • Un système d’échange de bonnes semences pratiquement inexistant 
  •  Pratiques agricoles traditionnelles inadaptées (cessation de l’activité agricole entre récolte et semailles)

On peut tirer des conclusions utiles de ce rapport qui peut s’appliquer avec de petites nuances à l’ensemble de l’Afrique tropicale. L’effort doit être concentré sur le développement de l’infrastructure des transports, l’augmentation la capacité d’utilisation de la nourriture disponible, son stockage et surtout l’amélioration de la qualité des semences au travers d’une recherche agronomique adéquate.

Que l’on apprécie ou non les OGM dans nos pays de gens bien nourris, il faut réaliser que le caractère de résistance aux insectes que l’on trouve dans les plantes Bt permet déjà, dans la zone tempérée chaude du sud de l’Europe une nette amélioration des rendements et de la qualité des récoltes de maïs (diminution de la teneur en mycotoxines). Il y a donc une piste à suivre, dont nous ne pouvons nous arroger le droit de priver les peuples africains concernés. Des négociations ouvertes sur les droits de propriété intellectuelle, un transfert de technologie adéquat, sont tout ce qui est nécessaire. Contrairement à un préjugé répandu, ce qui coute cher dans la technologie des OGM n’est pas l’introduction du caractère désiré dans l’espèce choisie, mais tout le travail en aval. Ce travail de sélectionneur, qui consiste à transférer un caractère utile (par exemple une résistance à la sécheresse) dans une variété cultivable doit de toute façon être réalisé, même pour une semence conventionnelle, il prend souvent plusieurs années et nécessite des compétences scientifiques de haut niveau. Les agronomes de l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich ont démontré que tout cela était possible dans le cas du riz doré (enrichi en vitamine). Les semences de riz pourront être distribuées aux paysans en 2011 déjà. Ce que l’on peut diminuer à l’avenir ce sont les coûts engendrés par la réglementation excessive qui grève le développement des OGM. Mais pour cela il faut cesser de diaboliser cette technologie et faire preuve d’empathie et de compréhension pour les réels besoins des agriculteurs du tiers-monde.

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01/04/2008

La politique du réchauffement et la politique du réchauffé

Dans une semaine s’ouvre à Bangkok le dernier « round » des discussions sur les changements climatiques. Les négociations vont porter sur les moyens de prévenir le réchauffement climatique par une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il reste à savoir si, compte tenu des premières expériences concernant l’application des mesures prévues par le protocole de Kyoto et compte tenu du nombre de pays pollueurs majeurs qui refusent d’appliquer ce protocole (USA, Australie) ou demandent des traitements de faveur (Chine, Inde) il est encore sage, ou simplement utile, d’œuvrer pour une limitation des émissions et surtout d’en payer le prix.
Pour beaucoup de nos politiciens de gauche et de droite, le thème du réchauffement climatique est devenu un élément indispensable de leur programme. En tant que bon politique, on propose et vote, un impôt par ci, une taxe par là, une nouvelle norme. Comment se présenter devant les électeurs sans souscrire à une ou deux mesures de LUTTE contre le réchauffement. Ah, ce terme de lutte, comme il convient bien : la lutte suisse, la lutte des classe, la lutte contre le néo-libéralisme, contre le terrorisme … . Que de mâles ardeurs il suscite. Nos compagnes aussi l’ont adopté. Nous luttons, nous allons lutter contre le réchauffement climatique ; n’est-ce pas valorisant, n’est-ce pas montrer notre sens des responsabilités ? Chacun son truc (centime climatique, taxe sur le CO2 et j’en oublie). Nous résistons, nous luttons.
Il me vient un doute ; et si l’ennemi se dérobait. Ne suis-je pas entrain de suivre une mode, une de ces idéologies à la face changeante, une de ces religions du moment, un de ces leurre qui m’entraine dans une voie parallèle sans issue. Il vaut la peine de poser quelques jalons et de faire quelques constats.
• Réchauffement il y a, et d’origine humaine pour une bonne part.
• Nous sommes 6 milliards d’êtres humains et bientôt 10.
• Nous devons cultiver les sols avec machines et engrais, transporter les aliments, pour pouvoir tous manger à notre faim.
• Nous devons cuire nos repas et nous chauffer quand nécessaire ; nous déplacer un peu.
L’humanité va donc utiliser, jusqu’aux limites du possibles, toutes les ressources énergétiques de la planète. Nous, suisses, pouvons bien accepter un niveau individuel de confort inférieur au standard américano-européen, mais il est certain qu’à l’échelle du monde, nous allons émettre tout le CO2 possible jusqu'à raréfaction insurmontable des sources de combustibles fossiles. Inutile donc de vouloir réglementer les droits d’émission : ils seront dépassés au plan global et le réchauffement aura lieu.
Nous devons maintenant agir pour nous préparer aux changements climatiques inéluctables qui en seront la conséquence ainsi que, simultanément, au conséquences d'un renchérissement des ressources énergétiques et alimentaires. Cela suppose une politique d’investissement dans la recherche et le développement de l’agriculture et des énergies renouvelables, dans les infrastructures de transport en commun et l’habitat zéro-énergie. Nous pouvons le faire aujourd’hui parce que les coûts sont encore supportables. Demain le prix qu’il faudra payer sera tellement élevé que nos enfants nous reprocherons notre aveuglement. Ce n’est pas de LUTTES dont nous avons besoin, c’est d’ACTIONS. C’est beaucoup plus difficile à faire passer auprès des électeurs, mais c’est certainement plus sage et ça ne sentira pas trop le réchauffé.

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