19/09/2009

Mort du père de la « révolution verte »

Norman Borlaug, prix Nobel de la Paix et père de la « révolution verte », vient de décéder le 12 septembre à l’âge de 95 ans. A notre connaissance, la nouvelle n’a pas fait l’objet d’un seul commentaire dans la presse romande. La recherche agronomique moderne et ses impacts sur la production alimentaire ne font manifestement pas partie des sujets intéressants dans notre pays de gens bien (trop) nourris. Serait-ce un mauvais signe ?

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10/08/2009

Petite lecture pour l'été

Il est toujours bon d'avoir, à côté des romans et recueils de poèmes indispensables, un petit livre utile pour les grands débats de la rentrée. Dans ces temps de restrictions budgétaires, inévitables et impopulaires, s'interroger sur le coût réel et les conséquences d'un écologisme à la mode ne fait pas de mal.

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04/05/2009

Finis les labours

Il est toujours intéressant pour le rat des champs, habitué à parcourir journellement la campagne avec son chien, de recevoir ses amis rats des villes. Leurs étonnement à la vision de l'agriculture telle qu'elle se pratique aujourd'hui est sans borne. De la ferme à libre parcours avec ses robots de traite automatique jusqu'aux cultures sans labourage il est vrai que beaucoup de traditions sont remises en question. Les jeunes agriculteurs d'aujourd'hui sont sans complexe, prévoyant leur futur dans un monde économique compliqué, engagés dans la perspective d'une agriculture durable, ils investissent, avec courage et intelligence dans de nouvelles techniques avec tous les risques que cela comporte. L'agriculture sans labourage avec semis direct est l'une de ses techniques.

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31/03/2009

Coton bio et coton biotech: durables ?

Helvetas entreprend ces jours-ci une campagne de promotion du coton BIO. Nul ne doute qu'elle sera suivie avec enthousiasme par les grands distributeurs et les marques de tee-shirt et autre costumes de bain (Migros, Reinhart, Switcher, ...). Cela fait plusieurs années que les organismes privés et public de coopération avec les pays en voie de développement encouragent une production de coton conforme aux règles de l'agriculture biologique (cf Helvetas: Guide de production du coton biologique et équitable) . La logique derrière ces initiatives est double:

  • d'une part permettre à de petits producteurs de commercialiser leur production dans une perspective de commerce équitable et donc de bénéficier d'un revenu en dessus de la moyenne locale.
  • d'autre part ménager la santé des paysans et de leur famille par une diminution drastique de l'usage de pesticides et protéger l'environnement par une gestion du sol qui proscrit l'usage des engrais minéraux et favorise le compostage.coton-bio.jpg

On ne peut donc que se réjouir du succès probable de la campagne. Il convient cependant de se demander si tous les buts fixés sont vraiment atteints et si à long terme, obliger par le biais d'une pression commerciale exercée par les consommateurs suisses, des paysans africains ou indiens à se convertir à l'agriculture biologique va dans le sens d'une agriculture durable.

Au Burkina Faso, le coton est une industrie (50 à 70% des recettes d'exportation), mais aussi un problème; la forte variation des cours et de la demande mondiale en font un secteur de l'agriculture très sensible à toutes les perturbations de l'économie mondiale. Il n'en reste pas moins que pour le moment, ce pays a besoin de ces cultures pour équilibrer sa balance de paiements. Les producteurs de coton biologiques sont protégés par les engagements pris par les OGN à leur égard, mais ceux-ci sont bien entendu à la merci de leurs partenaires; d'où la nécessité pour Helvetas de lancer sa campagne publicitaire.

Au Burkina, lieu privilégié de l'action de la coopération suisse, environ 1% du coton est cultivé en "biologique", Helvetas souhaite arriver à 5% ces prochaines années. Le "biologique" est donc manifestement une agriculture de niche. Le coton BIO est payé le double du coton ordinaire. Ce sont essentiellement de petits paysans, souvent des femmes, qui pratiquent ce genre de culture, certains n'avaient même jamais cultivé du coton auparavant. La faible productivité par hectare du coton bio (environ la moitié de celle du coton conventionnel) reste cependant un problème. Une récente étude du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) montre d'autre part une inquiétante baisse de la fertilité des sols, due à l'insuffisance d'apport d'engrais minéraux (en particulier potassium), apport limité par les règles draconiennes de l'agriculture biologique  (cf. Le coton biologique en question dans les exploitations familiales d'Afrique).

Le Burkina présente une autre particularité qui en fait un cas d'école: c'est le premier pays africain après l'Afrique du Sud à cultiver du coton transgénique (variétés à double résistance vis à vis des lépidoptères ravageurs). 2% environ des surfaces de coton sont cultivées (2008-2009) en coton Bt; à titre de comparaison en Inde ce sont plus de 60% des surfaces qui sont cultivées en coton Bt. Les projections pour 2009-2010 seraient pour le Burkina de décupler ces surfaces. Selon les agriculteurs concernés, la diminution du nombre de traitements (1 à 2 contre 6 à 8 pour le coton conventionnel) conduit en fin de compte à une marge bénéficiaire plus importante malgré le prix plus élevé des semences. La diminution du nombre de traitements insecticides correspond aussi à une meilleure situation sanitaire des agriculteurs et de leur famille et à un plus pour l'environnement.

Il n'y a donc pas de solution miracle pour le coton. Les limites de la production biologique sont connues, le potentiel des nouvelles variétés de coton OGM est réel. L'Afrique deviendra peut-être le lieu d'une vraie réflexion sur l'agriculture durable. Une agriculture dont on peut imaginer qu'elle sera une combinaison intelligente de l'agriculture bio, mais un bio débarassé de sa composante dogmatique (cf. argumentaire contre le coton Bt à l'usage du paysan africain), et d'une agriculture biotech. Ce sera bien sûr aux africains d'en décider, ni aux européens ni aux suisses.

Rappelons ici par la même occasion que nous sommes en 2009: l'Année internationale des fibres naturelles.

 

23/03/2009

Etes-vous "pour les OGM" ? Ni POUR ni CONTRE, bien au contraire

Cette manière bien vaudoise de se moquer d'un poseur de (mauvaise) questions pourrait bien s'appliquer au débat sur la culture de plantes transgéniques. Les scientifiques suisses sont opposés à une prolongation du moratoire sur l'utilisation des OGM dans l'agriculture, ils demandent une approche raisonnée et intelligente des problèmes posés par la sélection des nouvelles variétés de plantes cultivées; du coup, pour la gauche et la droite écologique qui s'approvisionne au même râtelier d'information, si ils ne sont pas CONTRE, ils doivent être POUR. C'est évidemment plus simple, cela permet de disposer de cette argumentation binaire, simple et si chère aux politiques. Les bons d'un côté et les mauvais de l'autre.

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17:24 Publié dans Science | Tags : ogm, blé, riz, pully, agriculture | Lien permanent | Commentaires (5)

12/01/2009

Souveraineté alimentaire et maîtrise technologique

L'histoire nous enseigne que la maîtrise des technologies a toujours été un facteur essentiel dans le succès des sociétés humaines. Apparemment ce qui fut dans les temps passés une preuve de sagesse politique, un signe de la prévoyance des gouvernements et du soucis que les dirigeants avaient de leur peuple et devenu aujourd'hui, dans ce monde "post-moderne", inacceptable. Il est de bon ton de verrouiller le système, d'interdire chaque fois que cela est possible et surtout lorsque une technologie concerne l'agriculture. Aujourd'hui, c'est au tour du gouvernement neuchâtelois d'entrer dans le système de pensée unique de notre temps.

Dans un document daté du 6 janvier 2009, le Conseil d'Etat Neuchâtelois propose en effet au Grand Conseil de déclarer le canton "canton sans OGM" soit en substance : "Dans les limites de la législation fédérale, l'Etat veille à assurer la souveraineté alimentaire en excluant les organismes génétiquement modifiés de la production des aliments, des végétaux et des produits destinés à protéger les plantes et soigner les animaux".

Dois-t'on voir là la patte de Fernand Cuche, ancien dirigeant d'Uniterre et anti-OGM notoire, ou est-ce pire? Ne soyons pas trop pessimiste. Saluons tout d'abord l'intelligence des autorités neuchâteloises qui se gardent de tomber dans le piège (tendu par Greenpeace - voir ICI) et affirment clairement que "Aucune altération tangible de la santé par l'ingestion d'aliments provenant de plantes ou d'animaux OGM n'est démontrée aujourd'hui, même sur une durée de 30 ans. La crainte d'altérer sa santé par la consommation de produits OGM est sans réel fondement .......". En ce qui concerne les risques environnementaux supposés des OGM, le canton s'en remet à la législation fédérale. Tout cela est fort bien et l'on sent que le Conseil d'Etat a écouté les scientifiques de son Université (qui est aussi le siège d'un pôle national de recherche sur les végétaux).

Paradoxalement, c'est la notion de souveraineté alimentaire qui est au centre de l'argumentation. En faisant sienne les positions du lobby anti-OGM le gouvernement neuchâtelois utilise un argument répété "ad nauseam" par celui-ci, à savoir que Monsanto et autres Syngenta, vont détruire notre agriculture et par leur position monopolistique mettent en danger le "libre accès aux semences". Cet argument est de nature strictement idéologique & dogmatique et ne résiste pas à l'analyse de la situation suisse en particulier.

Assurer une souveraineté alimentaire consiste en la maîtrise de toute la chaîne de production alimentaire. Il s'agit de rendre notre agriculture la plus performante possible et capable d'assurer une production de qualité et ceci, en quantité suffisante. La maîtrise des méthodes de la sélection végétale et en particulier des méthodes de production de plantes génétiquement modifiées est donc une nécessité. En proposant de supprimer l'option OGM un gouvernement prive donc ses agriculteurs de l'accès à l'une des méthodes les plus efficaces et prometteuse de sélection végétale, sans leur offrir de contrepartie. Le mythe des semences de ferme, à savoir les semences produites par l'agriculteur lui-même, a la vie dure. Aujourd'hui l'agriculteur dépend déjà du sélectionneur qui, lui dépend des généticiens et autres spécialistes de haut-niveau. Semer ses propres semences d'année en année, n'est plus, sauf rares exceptions, une option valable pour l'agriculteur contemporain.

A quoi se sont donc acharnés les milieux anti-OGM suisse de tout poil ces dernières années? A décourager tout investissement dans la recherche publique sur les OGM, à empêcher par tout les moyens, les chercheurs des Stations de Recherche Agronomique, de l'EPFZ et des Universités de développer des plantes résistantes aux maladies (pomme-de-terre, blé). Ils ont conspués nos collègues de l'EPFZ qui ont développé le riz-doré enrichi en pro-vitamine A. On veut nous faire croire aujourd'hui que nous sommes le jouet des multinationales, mais nous l'avons bien cherché. A force de créer des obstacles de plus en plus insurmontables pour la recherche publique, nous avons en effet mis notre avenir en danger.

Nous avons encore le potentiel de recherche agronomique suffisant et nous pouvons le mettre à disposition des besoins de l'agriculture, encore faut-il ne pas fermer toutes les portes. La proposition du gouvernement neuchâtelois va malheureusement dans ce sens: elle est d'un autre âge.

 

14/11/2008

Manifeste pour une interdiction du chocolat

Qu’est ce qui pourrait me pousser à exiger de l’OFSP une interdiction totale et immédiate du chocolat sur le territoire suisse ? Ce sont des études très sérieuses effectuées sur le chien qui démontrent que la consommation de chocolat conduit à une intoxication grave voire, dans certains cas, à la mort.  Aucune étude à long terme n’a été faite sur les humains (j’ai vérifié) ; il se pourrait que bien des maux qui affectent notre civilisation moderne soient liés à une consommation chronique de chocolat sur une longue période et sur plusieurs générations. Le principe de précaution doit être appliqué. Vous trouveriez sans doute que j’exagère, mais c’est pourtant bien ce que Greenpeace nous propose ces jours ci.

Greenpeace exige en effet de l’OFSP une interdiction immédiate des aliments obtenus à partir de plantes génétiquement modifiées (PGM-OGM)  « L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) doit absolument agir et supprimer l'autorisation de commercialiser toutes les plantes GM déjà autorisées en Suisse. ». A l’appui de sa demande, Greenpeace fait état d’une étude mandatée par le gouvernement Autrichien et qui a été présentée lors d’un colloque ad hoc ce 11 novembre 2008 à Vienne. Cette étude, selon Greenpeace,  montrerait que «.. des souris nourries avec du maïs GM ont donné naissance à des souriceaux moins nombreux et plus faibles.. » ;  la conclusion, toujours selon Greenpeace, serait que «.. des couples devraient renoncer à leur désir d'enfant parce qu'ils ont été rendus stériles par l'ingestion d'aliments GM. ». On reconnaît là le type de dialectique simpliste pratiquée par cette organisation. 

Mais direz-vous : « cette étude sur les souris, c’est quand même du sérieux !!! ». Disons tout de suite que la méthode utilisée pour rendre publique cette étude est pour le moins étrange et soulève de nombreuses questions. Pourquoi le gouvernement autrichien a-t’il utilisé la voie d’un colloque ad hoc pour communiquer ? Pourquoi cette étude n’a-t’elle pas fait l’objet d’une publication dans un journal scientifique et n’a-t-elle pas été soumise à contrôle et à révision par la communauté scientifique?  Pourquoi n’autorise t’on pas les chercheurs impliqués à divulguer eux-mêmes leurs résultats?  Ces pratiques, que l'on reproche à juste titre à certaines industries ne sont pas tolérables de la part d’une institution publique. S’agirait-il de la part du gouvernement autrichien, notoirement opposé à l’introduction  des OGM dans l’agriculture de l’UE, de mettre dans l’embarras la commission de Bruxelles et de susciter une crise   ? On sait que le temps presse, que les arguments des opposants aux OGM, répétés ad nauseam, ne font plus mouche et doivent être recyclés, trop d'intérêts sont en jeux, ceux de la lucrative filière BIO en particulier.

L’étude elle-même, ou tout au moins ce qui en a été publié sur internet, n’apporte rien de nouveau.  Les différences observées entre diètes avec ou sans OGM (nombre de souriceaux de la 3ème ou 4ème portées) sont minimes et les conclusions hâtivement tirées des résultats obtenus sont basées sur une analyse statistique rudimentaire et inappropriée. Dans le même esprit, on aurait pu tirer de cette étude des arguments en faveurs des OGM comme la plus grande longévité des  souris ayant consommé du maïs OGM, la moins grande mortalité des petits, et le reste à l’avenant. 

Toutes notre sympathie va aux responsables scientifiques de l’étude autrichienne qui, apparemment contre leur gré, ont du se prêter à cette mascarade.  Nous attendons une publication en bonne et due forme dans un journal scientifique.  De toute manière nous sommes des hommes, pas des souris.

Quant à moi pour l’Escalade, foi de genevois, j’achèterai une marmite en chocolat (contenant bien entendu de la lécithine de soja transgénique comme tous les chocolats suisses !).

04/10/2008

Enfin une récompense

Les bonnes nouvelles sont rares, mais il y avait une en cette fin de semaine. Le rupestre était déjà très satisfait de l'augmentation des surfaces de roches et autres bétons mises à disposition des rupestres vaudois par la mise en route du métro M2, il avait vu avec nostalgie les vaches ruper leur dernière herbes d'alpage et suivit la dernière desalpe de ce samedi et voilà maintenant qu'il obtient un prix prestigieux, même si c'est bien entendu collectivement et qu'il doit le partager avec tous ses concitoyens .

En effet, en ce froid début d'automne 2008 tombe une nouvelle que personne n'attendait mais qui nous réjouit tous: le prix Ig Noble de la paix vient d'être décerné en date du 2 octobre 2008 à la Commission Fédérale d'Ethique dans le Domaine Non-Humain (EKAH) et aux citoyens suisses. Il s'agit d'un honneur rare et qui pour la première foi honore le travail d'un collectif de scientifiques travaillant pour la Confédération Hélvétique sur mandat du peuple suisse.  C'est donc sur notre gouvernement et sur nous tous que rejaillit la gloire. L'EKAH a été représentée à Harvard par l'un de ses membre éminent, le Dr. Urs Thurnherr de Karlsruhe qui a fait le déplacement à ses frais (ça ne coute rien au contribuable).  Le prix nous est bien entendu attribué pour avoir adopté le principe légal de la dignité des plantes.

Je ne peux qu'inviter chacun, en ces jours froids et pluvieux à lire attentivement le texte original du rapport, si il ne l'a déjà fait, pour en apprécier le caractère complexe et le côté surréaliste. Il comprendra alors tout le sens du prix qui vient de lui être attribué ad personam. 

Pour conclure et parachever ce petit mot récitons tous en coeur la devise humaniste du prix IgNoble " Rire d'abord et penser ensuite"  .

15/07/2008

Entretien avec un chou-fleur

Ce matin, seul, chou-fleur.JPG je buvais mon café au lait sur le coin de la table de la cuisine lorsque j’entendis une petite voix m'interpeller : « J’ai lu le journal par-dessus ton épaule et je trouve ce texte très intéressant ». C’était le petit joufflu posé sur son assiette qui parlait ainsi.  Bien sûr, il était destiné au plat à gratin, son avenir était scellé, mais il avait semble t’il quelque chose à me dire.  Au lecteur interloqué qui se demande si je plaisante, je dirais que non. Non, je ne plaisante pas. Une familiarité d’un demi siècle avec les plantes, dans mon laboratoire et au dehors font que je comprends mieux leur langue que le russe ou le japonais.  Certes elles ne parlent souvent que par allusion, sobrement, se contentant de  nous piéger par leur beauté et leur parfum ; mais il m’est arrivé quelques fois de les entendre s’exprimer sur des sujet très savants ; j’ai chaque fois publié notre entretien ce qui m’a valu une certaine notoriété scientifique.

  • J’ai donc répondu ce matin : « Oui, c’est le rapport de la Commission fédérale d’éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (EKAH) sur la dignité de la créature dans le règne végétal qui a été publié ce printemps.  Je suppose que tu te sens concerné »
  • « Bien sûr ; il y a des fois où je ne me sens pas très normal, un peu trop gros ; et puis toutes ses inflorescences immatures et stériles, elles me font douter de mes capacités sexuelles.  J’ai lu dans ce rapport  que j’aurais sujet à me plaindre ; si je le faisais trouverais-je des oreilles attentives. ?»
  • «  Ne t’y trompe pas » lui dis-je, « Ce rapport est destiné aux hommes, aux politiciens, ce sont eux qui font les lois. On protégera votre autonomie, votre capacité de reproduction et d’adaptation (sic). Tu vois bien que ta vie sexuelle sera prise en compte, peut-être ta tendance à l'obésité aussi. Mais derrière tout cela il y aura un agenda politique, alors n'espère pas trop.»
  • « Tu le sais bien, nous avons toutes des problèmes de sexe et les hommes ça les ennuie. Ils voudraient que tout soit simple, normal. Mais nous on est bisexuées, polyandres, polysexuées, parfois stériles, apomictiques ( ??? voir la note 2) et puis le pire, c’est qu’ on se clone soi-même sans retenue.  Et puis mon obésité, je n’ose même pas en parler, les écologistes et les socialistes disent que ce n'est pas normal, que c'est une perversion de la société capitaliste moderne que de produire de grosses plantes. Pourtant on m'aime bien en Inde. »
  • « Arrêtes » lui répondis-je « tu vois bien que personne ne te comprends; surtout pas les théologiens et les éthiciens pour qui seuls existent le féminin et le masculin, quant aux autres !!!».
  • « C’est vrai, mais pas très rassurant:. Explique-moi pourquoi les hommes en veulent tellement à mes cousins transgéniques (j’ai toute une parenté de colza OGM émigrée au Canada; nous nous parlons de temps en temps), ils ne sont pas anormaux, ils sont plutôt sympa ?  J'ai entendu dire que, même en Suisse, il y a des  gens qui  nous massacrent en nous piétinants, en nous arrachant, n’est-ce pas contre notre dignité de plante »
  • « Ne te fais pas tant de soucis » rétorquais-je, « tu vois bien que malgré ton obésité et ta sexualité difficile à comprendre, on t’aime bien  et qu’on a finit par t’adopter ainsi que  tes cousins italiens le  broccoli et le romanesco .  On finira bien par aimer aussi tes cousins canadiens OGM. Et puis on va peut-être créer un poste d’avocat des plantes ;  tes cousins et toi pourrez vous plaindre si l’on vous moleste ; c’est un progrès n’est-ce pas ?»

J’entendis un soupir, puis notre conversation s’arrêta là. Mon chou-fleur me recommanda encore de mettre un peu de fromage sur le gratin, mais pas trop pour ne pas casser le goût.  Je lui ai promis et il m’a souhaité bon appétit. 


  1. Les plantes ne parlent pas seulement, elles font aussi des MATH : allez y voir au Jardin Botanique de Genève, ça vaut la peine.
  2. Plante apomictique : produit des semences génétiquement identiques à la plante mère (c’est le cas des agrumes : oranges, citrons). C' est un sujet important de la recherche agronomique.

15/05/2008

Mourir de faim ? Pourvu que ce soit sans OGM

En ces jours où la détresse alimentaire fait la une des journaux il est de bon ton de se demander si le recours aux plantes transgéniques (OGM) pourrait être une solution. A cela on trouve deux types de réponse.
  • La première, très à la mode dans certains milieux de l’aide au développement, est de clamer haut et fort que, si les pauvres ne mangent plus à leur faim, c’est que le commerce mondial est injuste, qu’il y assez de nourriture, mais que les plus démunis ne peuvent ni se la procurer ni, surtout l’acheter.
  • La deuxième est de considérer que les pays pauvres manquent surtout de moyens efficaces de produire de la nourriture et qu’il suffirait d’améliorer la qualité des semences et de donner au paysans, accès aux méthodes modernes de l’agriculture (en recourant même, lorsque cela s’avère nécessaire, aux OGM).
Un récent rapport de la Croix-Rouge suisse au Libéria montre de manière claire que le facteur essentiel qui amène à une sous-nutrition chronique, voir à une famine endémique, est le déficit de la production agricole locale et de l’infrastructure nécessaire à sa mise en valeur :
  • Etat des routes insuffisant en milieu rural
  • Insécurité, harcèlement conduisant aux refuges en zone urbaine (moins de main d’œuvre agricole et augmentation excessive de la taille des villes)
  • Fort syndrome de dépendance (lié à l’intervention inadéquate de certaines ONG)
  • La prévalence des parasites, des insectes et des maladies virales des plantes
  • L’instabilité des prix des semences (spéculation au début des semailles)
  • Un entreposage des semences défectueux et insuffisant
  • La qualité insuffisante des semences locales (moins de 30% de pouvoir germinatif)
  • Un système d’échange de bonnes semences pratiquement inexistant 
  •  Pratiques agricoles traditionnelles inadaptées (cessation de l’activité agricole entre récolte et semailles)

On peut tirer des conclusions utiles de ce rapport qui peut s’appliquer avec de petites nuances à l’ensemble de l’Afrique tropicale. L’effort doit être concentré sur le développement de l’infrastructure des transports, l’augmentation la capacité d’utilisation de la nourriture disponible, son stockage et surtout l’amélioration de la qualité des semences au travers d’une recherche agronomique adéquate.

Que l’on apprécie ou non les OGM dans nos pays de gens bien nourris, il faut réaliser que le caractère de résistance aux insectes que l’on trouve dans les plantes Bt permet déjà, dans la zone tempérée chaude du sud de l’Europe une nette amélioration des rendements et de la qualité des récoltes de maïs (diminution de la teneur en mycotoxines). Il y a donc une piste à suivre, dont nous ne pouvons nous arroger le droit de priver les peuples africains concernés. Des négociations ouvertes sur les droits de propriété intellectuelle, un transfert de technologie adéquat, sont tout ce qui est nécessaire. Contrairement à un préjugé répandu, ce qui coute cher dans la technologie des OGM n’est pas l’introduction du caractère désiré dans l’espèce choisie, mais tout le travail en aval. Ce travail de sélectionneur, qui consiste à transférer un caractère utile (par exemple une résistance à la sécheresse) dans une variété cultivable doit de toute façon être réalisé, même pour une semence conventionnelle, il prend souvent plusieurs années et nécessite des compétences scientifiques de haut niveau. Les agronomes de l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich ont démontré que tout cela était possible dans le cas du riz doré (enrichi en vitamine). Les semences de riz pourront être distribuées aux paysans en 2011 déjà. Ce que l’on peut diminuer à l’avenir ce sont les coûts engendrés par la réglementation excessive qui grève le développement des OGM. Mais pour cela il faut cesser de diaboliser cette technologie et faire preuve d’empathie et de compréhension pour les réels besoins des agriculteurs du tiers-monde.

18:19 Publié dans Science | Tags : ogm, faim, semences, maïs, riz | Lien permanent | Commentaires (1)