19/09/2009

Mort du père de la « révolution verte »

Norman Borlaug, prix Nobel de la Paix et père de la « révolution verte », vient de décéder le 12 septembre à l’âge de 95 ans. A notre connaissance, la nouvelle n’a pas fait l’objet d’un seul commentaire dans la presse romande. La recherche agronomique moderne et ses impacts sur la production alimentaire ne font manifestement pas partie des sujets intéressants dans notre pays de gens bien (trop) nourris. Serait-ce un mauvais signe ?

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10/08/2009

Petite lecture pour l'été

Il est toujours bon d'avoir, à côté des romans et recueils de poèmes indispensables, un petit livre utile pour les grands débats de la rentrée. Dans ces temps de restrictions budgétaires, inévitables et impopulaires, s'interroger sur le coût réel et les conséquences d'un écologisme à la mode ne fait pas de mal.

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09/05/2009

Pour une nouvelle agriculture biologique

L'agriculture biologique est à la mode. La grande distribution a fait son cheval de bataille de l'alimentation BIO, les cotonnades BIO sont très "fashion". Mais qu'en est-il vraiment sur le terrain? Il apparaît que, figée dans une doctrine (voir plusieurs doctrines), le mouvement BIO a de la peine à innover. La volonté de renoncer à des pesticides "naturels" mais cependant nocifs, la mise en culture de variétés nouvelles résistantes aux maladies ne sont toujours que promesses. Les contraintes idéologiques imposées par une vision fondamentaliste de l'agriculture sont-elles raisonnables? Un livre paru récemment suggère des voies nouvelles.

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05/10/2008

Eau en carafe et pensée en carafe

Manger et boire dans la perspective du développement durable quel magnifique programme; revenons donc sur une idée qui a remué les esprits au début de cet été: interdire l'eau en bouteille; voilà qui est frappé du bon sens ; n’y a-t’il pas que le vin qui mérite le flacon?

Quand on y pense comment avons-nous pu nous, d’une génération pas si « out » que cela,  passer notre enfance et notre jeunesse dans un pays aussi civilisé que la Suisse sans disposer de cette commodité ? La raison est qu’elle est superflue et que ce fut d’abord une médecine. Seuls les vieux messieurs et les vieilles dames buvaient de l’eau en bouteille, cette eau contenait des sels diurétiques, digestifs, parfois mêmes radioactifs, ce qui suffisait pour tenir les enfants à distance. Quand il n’y avait pas d’eau potable et bien on la cuisait et on en faisait du thé ou de la limonade. Au petit bistrot où mon grand-père me menait, j’avais droit, pendant qu’il buvait son verre, au sirop grenadine agrémenté d’une eau de siphon abondamment gazeuse. En course de montagne, l’eau du torrent coupée de fendant faisait merveille pour étancher la soif. Mais une bouteille, personne n’en avait besoin et n’en avait donc l’idée. Il est bien connu qu’en Suisse, aucun village n’est suffisamment distant d’un autre pour que l’on sente la soif lorsqu'on parcoure le pays. Il existe une vallée de la soif au pied du Jura vaudois mais ça reste une curiosité remarquable.

Nous avons à faire, avec l’eau en bouteille, à une denrée pratiquement inutile si ce n’est pour des raisons médicales ; mais même la médecine a changé et nous n’allons plus aux eaux. Imaginer que l’on puisse l'interdire revient donc à proposer une expérience nature sur les capacités de l’être humain du 21ème siècle à  remettre en cause ses comportement aberrants. On ne prend aucun risque sanitaire, au mieux un petit risque économique pour ceux qui vivent de ce commerce. Si nous ne sommes pas en mesure de réaliser cet objectif minimaliste, c’est que nous ne sommes pas prêts à nous sacrifier pour préserver nos ressources et notre environnement.

Genève interdit la tabagie dans les lieux publiques c’est bien, même si il faut passer par une législation encore à faire ; un magistrat zélé veut faire manger ses concitoyens selon les principes du développement durable c’est louable. Mais tout ceci n’est que de la politique futile qui ne sert qu’à se faire élire lors des prochaines échéances. On jugera tout cela sur les résultats ; pour cela il faut que chacun sorte son esprit critique et sa raison de la carafe où les ont enfermées des années de publicité, de marketing éhonté et de mensonges. A lire la presse de boulevard et à voir la télévision d’aujourd’hui, ce ne sera pas facile. C'est bien ce matraquage qu'il faudra interdire d'abord et avant tout.

12/06/2008

Raz la patate

369836895.jpg2008 : L’année de la pomme-de-terre est là pour nous rappeler le temps perdu ; il y a presque dix ans en 1999, un ukase de l’inénarrable Philippe Roch met fin, définitivement, aux travaux de recherche de la Station Fédérale de Recherche Agronomique de Changins consacrés au développement de variétés résistantes au mildiou.

On a tout entendu depuis ; les promesses des agriculteurs BIO de renoncer, dès 2005, oui, oui, juré, aux calamiteux sulfate de cuivre, fongicide de grand-père, polluant des sols, tueur absolu de toute la flore fongique du sol ; les élucubrations des tiers-mondistes qui nous promettaient la pomme-de-terre bleue, celle qui résiste à tous les pathogènes, qui est cultivée par les paysans andins, celle qui allait remplacer la Bintje maudite de la grande agriculture dépravée du monde occidental. Rien de tout cela ne s’est produit. Nous avons perdu 10 ans à regarder le monde changer avec notre bonne conscience (socialiste, écologiste, tiers-mondiste, …)

Aujourd’hui la pomme-de-terre biologique est pratiquement introuvable et l’agriculteur bio continue de pulvériser sur son champ insecticides (autorisés) et autres fongicides (autorisés eux aussi); mais c’est juré, pas plus de 3 kilogramme par hectare et par an de sulfate de cuivre et tant pis pour les mycorhizes. Quant à la Bintje et autres Charlottes, il faut bien que l’agriculteur lambda s’y mette pour satisfaire la faim de la populace et quand ça ne suffit plus on autorise l’importation de 5000 tonnes de patate égyptienne (priorité à l’Eurofoot bien entendu), sans état d’âme et sans s’offusquer de ce que l’Pomme-de-terre.jpgon vole ainsi le pain de la bouche d’un peuple qui, cette année, a de la peine à se nourrir.

Oui j’en ai raz la patate. Avez-vous entendu Adèle Thorens, la porte parole de la bonne conscience écologiste verte hier soir 12 juin, aux infos sur la RSR ? La recherche scientifique sur les OGM, oui nous sommes pour, c’est pour cela qu’il y a un moratoire. Non, nous ne sommes pas contre, mais …. Que ces absolutistes à tous crins le disent, qu’ils aient le courage de leur religion. Ils n’en veulent pas, mais pas du tout. Ce qu’ils veulent ce sont des scientifiques à genoux qui demandent pardon qui promettent de renoncer à tous ces travaux diaboliques. Ils rêvent avec leurs amis popistes et autres anciens communistes d’un nouveau Lyssenko qui les débarrasserait de la génétique bourgeoise et capitaliste et qui leur promettrait une vraie agriculture pour le peuple par le peuple. Ils sont prêt à faire tous les procès possible à chaque proposition d’essais en champ, que cela ait déjà coûté plusieurs centaines de milliers de francs en frais de procédure ne les intéresse pas, ils continuent. Trois ans de plus pour le moratoire c’est tout ça de gagné. Et puis, il y a le principe de précaution, cette trouvaille idéologique géniale dont la définition fumeuse et contestée permet d’interdire à peu près tout sans aucune justification, alors pourquoi s’en priver.

Des chercheurs Lyonnais et Genevois viennent de publier dans un récent numéro de la revue scientifique PNAS leurs résultats portant sur 10 ans de cultures de maïs transgénique Bt. Pas de trace de transfert de gène de résistance aux antibiotiques dans le sol, donc pas de risque. Ce résultat était prévisible et dans la logique de nos connaissances, mais enfin il fallait le démontrer pour que le sceptique St Thomas y croie, c’est fait.

Dix ans de perdus pour la pomme-de-terre, ce sont aussi dix ans de perdu pour la protection de l’environnement, pour une agriculture durable et pour les pays en voie de développement, et merci à Martine Brunschwig-Graf de l’avoir rappelé dans la même émission de la RSR.

Oui « le rupestre » est fâché, il a de la peine à retourner à son jardin pour le cultiver comme le lui recommande la sagesse.

01/04/2008

La politique du réchauffement et la politique du réchauffé

Dans une semaine s’ouvre à Bangkok le dernier « round » des discussions sur les changements climatiques. Les négociations vont porter sur les moyens de prévenir le réchauffement climatique par une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il reste à savoir si, compte tenu des premières expériences concernant l’application des mesures prévues par le protocole de Kyoto et compte tenu du nombre de pays pollueurs majeurs qui refusent d’appliquer ce protocole (USA, Australie) ou demandent des traitements de faveur (Chine, Inde) il est encore sage, ou simplement utile, d’œuvrer pour une limitation des émissions et surtout d’en payer le prix.
Pour beaucoup de nos politiciens de gauche et de droite, le thème du réchauffement climatique est devenu un élément indispensable de leur programme. En tant que bon politique, on propose et vote, un impôt par ci, une taxe par là, une nouvelle norme. Comment se présenter devant les électeurs sans souscrire à une ou deux mesures de LUTTE contre le réchauffement. Ah, ce terme de lutte, comme il convient bien : la lutte suisse, la lutte des classe, la lutte contre le néo-libéralisme, contre le terrorisme … . Que de mâles ardeurs il suscite. Nos compagnes aussi l’ont adopté. Nous luttons, nous allons lutter contre le réchauffement climatique ; n’est-ce pas valorisant, n’est-ce pas montrer notre sens des responsabilités ? Chacun son truc (centime climatique, taxe sur le CO2 et j’en oublie). Nous résistons, nous luttons.
Il me vient un doute ; et si l’ennemi se dérobait. Ne suis-je pas entrain de suivre une mode, une de ces idéologies à la face changeante, une de ces religions du moment, un de ces leurre qui m’entraine dans une voie parallèle sans issue. Il vaut la peine de poser quelques jalons et de faire quelques constats.
• Réchauffement il y a, et d’origine humaine pour une bonne part.
• Nous sommes 6 milliards d’êtres humains et bientôt 10.
• Nous devons cultiver les sols avec machines et engrais, transporter les aliments, pour pouvoir tous manger à notre faim.
• Nous devons cuire nos repas et nous chauffer quand nécessaire ; nous déplacer un peu.
L’humanité va donc utiliser, jusqu’aux limites du possibles, toutes les ressources énergétiques de la planète. Nous, suisses, pouvons bien accepter un niveau individuel de confort inférieur au standard américano-européen, mais il est certain qu’à l’échelle du monde, nous allons émettre tout le CO2 possible jusqu'à raréfaction insurmontable des sources de combustibles fossiles. Inutile donc de vouloir réglementer les droits d’émission : ils seront dépassés au plan global et le réchauffement aura lieu.
Nous devons maintenant agir pour nous préparer aux changements climatiques inéluctables qui en seront la conséquence ainsi que, simultanément, au conséquences d'un renchérissement des ressources énergétiques et alimentaires. Cela suppose une politique d’investissement dans la recherche et le développement de l’agriculture et des énergies renouvelables, dans les infrastructures de transport en commun et l’habitat zéro-énergie. Nous pouvons le faire aujourd’hui parce que les coûts sont encore supportables. Demain le prix qu’il faudra payer sera tellement élevé que nos enfants nous reprocherons notre aveuglement. Ce n’est pas de LUTTES dont nous avons besoin, c’est d’ACTIONS. C’est beaucoup plus difficile à faire passer auprès des électeurs, mais c’est certainement plus sage et ça ne sentira pas trop le réchauffé.