25/05/2010

Cotonnades (encore !!!) et pantalonnades

Nous portons tous des vêtements en coton et sauf à acheter "BIO", il y a de bonne chance pour que votre robe et votre chemise contienne des fibres de coton OGM (coton Bt). Aujourd'hui plus de 50% des plantations de coton au niveau mondial sont constituées de variétés résistantes aux insectes ravageurs. Le succès de ces variétés vient essentiellement du fait qu'elles permettent une économie conséquente de pesticides avec des effets économiques, environnementaux et sanitaires positifs. Nous estimons, avec d'autres, que le coton pourrait devenir la première culture BIO-OGM avec tous les avantages qu'apportent une technologie moderne et un mode de culture respectueux de l'environnement. Mais il y a encore des idéologues à qui le fait d'émettre cette simple idée constitue un scandale.



A ce propos, dans le dernier numéro de la revue de Swissaid figure une information intéressante. Tout d'abord, soyons clair, j'aime bien ce que fait cette ONG et je respecte son engagement sur le terrain, mais il faut bien avouer que le noyau dur et idéologique, franchement dogmatique, de gestionnaires qui a fait de la lutte contre les biotechnologies vertes une priorité stratégique, pose problème.  Swissaid s'engage dans une voie sans issue entraînant avec elle les paysans des pays en développement à l'insu de leur plein grès.

Voici l'histoire: un petit village indien (Bhiwari / état du Maharashtra) se converti, sous l'impulsion de Swissaid, à l'agriculture BIO, c'est intéressant; bien entendu être "BIO", ce n'est pas simplement utiliser des méthodes de cultures douces, c'est être aussi, par principe, ontologiquement,  anti-OGM;  pas d'issue et pas de compromis possible, c'est tout ou rien. Il se trouve que le petit village, étiqueté "sans OGM", est entouré d'autres villages qui cultivent du coton Bt (coton OGM résistant au vers de la capsule et cultivé massivement en Inde).  Les experts, bien suisses, de Swissaid qui soutien les paysans de ce petit village, décident donc qu'il est IMPOSSIBLE d'y cultiver du coton BIO. Pensez donc, il serait, ce coton, "contaminé", pour utiliser la phraséologie à la mode, par les cultures de coton Bt environnantes ; tout ce qu'on sait de la biologie du coton et de la pratique montre que ce scénario est purement fantaisiste ( http://ftp.jrc.es/EURdoc/22102-ExeSumm.pdf ), ce risque est nul. Ce qui compte c'est une pratique agricole douce avec un minimum d'engrais et de pesticides, ce ne sont pas les variétés cultivées qui vont y changer grand-chose. Il y aurait même un intérêt certain à cultiver les variétés Bt selon les méthodes de l'agriculture biologique ; un tel coton est déjà en vente chez H & M (Allemagne), c'est en tout cas ce que nous affirme le Financial Times (version allemande).

On demande donc aux paysans de renoncer à la culture du coton et de se consacrer à celles de haricots. Pourquoi pas ? Mais les raisons invoquées sont bancales. Il se peut donc que Swissaid agisse pour les motifs suivants :

1.      L'absence d'infrastructures permettant la prise en charge du coton BIO et l'absence de marché pour ce dernier dans la région concernée rend une telle culture inintéressante. Ceci est d'autant plus vrai que l'Inde vient d'interdire ce printemps l'exportation de coton et que le marché extérieur est donc fermé.

2.      Il est possible d'utiliser à des fins de propagande la décision des paysans de la commune concernée de ne pas cultiver de coton. La promotion de l'image de Swissaid en Suisse est ainsi assurée et son rôle de combattant tiers-mondiste et de fer de lance du mouvement anti-OGM affirmé, comme le titre de l'article le suggère : « Les irréductibles villageois de Bhiwari ».

A Swissaid de nous prouver le contraire et de nous démontrer que tout ceci n'est pas qu'une pantalonnade.

 

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