21/05/2010

Le mythe des semences fermières

Il est devenu habituel de parler d'un supposé droit de l'agriculteur de conserver graines et plantons et de commercialiser sans restrictions le produit de sa récolte. Il s'agit là d'un mythe qui ignore la réalité du travail de sélection des semences. En cette saison des semis il est bon de rappeler que tout se paye y compris le travail du sélectionneur, du producteur de semences et pourquoi pas de ceux qui ont investis dans une entreprise semencière.


Voilà pour l'exemple le cas du semençeau pomme-de-terre que vous avez planté ce printemps dans votre petit jardin familial; ce qu'ignore le public, c'est que ceci est valable pour toute variété végétale protégée par un certificat d'obtention et donc de la plupart des plantons et des graines que vous avez acheté ou que l'agriculteur ou le maraîcher se procure chez son fournisseur. Le but de ce certificat est protéger l'activité des sélectionneurs de semence, activité ignorée en général par ceux qui pensent que tout est ou devrait être gratuit. Cette protection varie selon les législations mais s'étend sur 20 ou 30 ans. C'est bien moins que la protection accordée aux oeuvres musicales ou littéraires et pourtant le travail qui est derrière tout cela est au moins aussi original, intelligent et utile.

Tout pousse bien chez vous? Alors une petite pensée pour ces travailleurs de l'ombre SVP 180px-CarrotDiversityLg.jpgplants-0001.jpg

Commentaires

Mais bien-sûr ! Vous devez certainement avoir raison et je dois avoir le cerveau monté à l'envers: cadenassons, brevetons tout ! Et on devrait payer des royalties à chaque mouvement qu'on fait, même une flatulence, car quelqu'un en a certainement déjà fait une avec la même sonorité.

Un peu de sérieux, s'il vous plaît. Ça devient grotesque. Une carotte est une carotte. Il faut juste accepter de ne pas pouvoir en produire huit tonnes par mètre carré en par an.

D'accord de payer pour une innovation qui apporte quelque chose de nouveau. Mais j'ai bien l'impression que les fabricants de semences, quand ils ne fabriquent pas des ogm dont personne ne veut, nous jouent les mêmes tour que les pharmas avec leurs fausses innovations brevetés. Il faudra leur dire un jour que s'ils n'ont plus rien à inventer de nouveau, c'est pas grave, ils peuvent toujours se reconvertir. Ça nous ferait des vacances.

Écrit par : Fufus | 26/05/2010

Il y a en effet carotte et carotte. Merci Fufus pour ce commentaire indigné, mais il faut tempérer votre indignation (j'ai en votre honneur complété mon blog par une photo). On peut regretter que depuis le 19ème siècle la production de semences soit le fait de grandes boîtes (honneur à Vilmorin ce précurseur) qui ont saisi l'occasion de faire de juteux bénéfices. Mais les petits ne se gênent pas non plus lorsqu'il s'agit de vendre de semences "anciennes" et donc qui ne produisent plus de "royalties". Pris au jeux j'ai relevé des différences d'un facteur 100 (oui oui !) pour un sachet de graines d'épinard (Géant de Viroflay) que l'ont peut acheter pour 5 à 6 CHF les 100 gr (1000 graines) dans une jardinerie ou 1 à 6 CHF le gramme (10 graines) chez un spécialiste du BIO.

Ceci dit mon objectif était de rendre hommages aux sélectionneurs, amateurs parfois, scientifiques le plus souvent qui, aujourd'hui encore et depuis plus d'un siècle INVENTENT des variétés nouvelles. Leur travail est celui de gens pleins de talents qui connaissent bien la génétique et la biologie des plantes et qui font leur travail dans l'ombre. Rares sont ceux qui font fortune, si on les compare aux vedettes de la musique et de la littérature. Leur travail est un vrai travail d'artiste, d'intellectuel qui mériterait au moins d'être protégé par un droit d'auteur.

Vous dites qu'il n'y a rien de nouveau, c'est une opinion; mais la création d'une nouvelle variété correspond toujours à une innovation, autrement elle n'aurait aucun succès ni auprès de agriculteurs ni auprès des amateurs de jardinage. Une variété nouvelle, avec plus couleurs, de goût, résistante à une maladie ou à la sécheresse, c'est un bien culturel aussi précieux qu'une oeuvre littéraire.

On peut être contre les droits de la propriété intellectuelle, mais alors qu'un nous donne la musique et les livres gratuitement.

Écrit par : lerupestre | 27/05/2010

Tempérons, tempérons. Très jolie image. Merci. En effet, il y a de belles différences dans les couleurs et les formes. Peut-être même dans les goûts. Ceci dit, vous m'avez mal compris: oui, il y a différentes sortes de carottes, obtenues par hybridation au cours des siècles.

Vous nous dîtes que les semences fermières n'existent pas. Ah oui ? Donc dès les débuts de l'agriculture, il y a des milliers d'années, il y aurait eu des entreprises de biotech pour vendre aux premiers hommes des semences à planter ?

hehehe, vous êtes un sacré comique...

Et comparer cela à la littérature ou la musique, ce n'est pas très raisonnable. L'alimentation, c'est LE besoin de première nécessité. Vouloir absolument que toute l'humanité paye sans cesse des brevets pour faire pousser des plantes qui existent depuis la nuit des temps et pour MANGER, il y a vraiment là quelque chose d'obscène.

Et pour respirer, on vous doit pas quelque chose au fait ? ;)
Pendant qu'on y est..

Écrit par : Fufus | 30/05/2010

Fufus, vous dites à juste titre que la nourriture est indispensable comme l’air qu’on respire ; je vous accorde que c’est vrai mais j’insiste d’autant plus sur le fait que produire de la nourriture est un acte encore plus précieux que produire un bien culturel comme une œuvre musicale ou littéraire. L’homme ou la femme qui peut contribuer à produire un aliment en quantité suffisante et de bonne qualité mérite donc son juste salaire et une reconnaissance publique. Imaginer une sorte de gratuité de la nourriture relève, me semble t-il d’une nostalgie de l’Eden ; trouve t-on encore une telle situation chez quelques groupes humains privilégiés chasseurs-cueilleurs, c’est possible ? On en revient donc à la chaîne de production agricole que je résumerai comme suit : produire une semence, la cultiver, récolter et rendre cette récolte propre à la consommation. Produire une semence est donc dans l’ensemble du processus un acte essentiel. Le mythe que je dénonce est celui qui veut nous faire croire que la même personne peut faire tout le travail. C’est peut-être encore vrai dans certaines agricultures de subsistance dans lesquelles chaque famille dispose d’une surface suffisante pour assurer sa propre consommation et survivre tant bien que mal aux aléas du climat, des maladies et autres problèmes, mais ne dispose pas d'un revenu lui permettant d'acheter des semences. Ce n’est plus vrai dans une agriculture qui doit produire des excédents pour nourrir toute une population qui ne travaille pas dans la production primaire (souvent aujourd’hui, une population citadine). Dans ce cas, il faut que chaque agriculteur produise en quantité suffisante, donc au delà de ses propres besoins pour pouvoir vendre une partie de sa récolte ; il faut que la qualité soit au rendez-vous, pour qu’on lui en donne un prix raisonnable. Dans ce cas si le fermier dispose de semences de qualité, au bon pouvoir germinatif, il est gagnant et avec lui le consommateur final. Pour pouvoir se rendre compte de ce que cela veut dire, ne pas avoir accès aux semences sélectionnées, voyez ce qui se passe dans certaines régions d'Afrique et relisez mon blog du 15 mai 2008. Vous constaterez, ce que j'ai pu vérifier moi-même, que l'une des raisons du déficit alimentaire et de la famine endémique est le fait que la plupart des paysans n'ont pas accès à des semences de qualité (je ne parle pas ici d'OGM, mais de semences "ordinaires") et que par conséquent ils ont des récoltes aléatoires avec des rendements ridiculement bas. Tous les gouvernements responsables développent donc des centres de sélection et de production de semences; parfois ils délèguent ces prérogatives à des entreprises privées. De toute manière, il y a derrière ceci une activité ignorée, méconnues celle du sélectionneur, elle est et restera indispensable et elle mérite notre estime. http://lerupestre.blog.tdg.ch/archive/2008/05/15/mourir-de-faim-pourvu-que-ce-soit-sans-ogm.html

Écrit par : lerupestre | 30/05/2010

Je ne parle pas du tout de gratuité de la nourriture. Que nenni.

Bien-sûr qu'il est nécessaire d'avoir des semences de qualité pour obtenir une bonne récolte. Ces semences sont traditionnellement produites par le fermier lui-même et pourvu qu'il ait les connaissances nécessaires, ces semences sont de qualité.

Que dans certaines régions, notamment africaines, des paysans n'aient pas de bonnes semences, c'est fort possible. Ce qu'il faudrait faire, c'est de leur apprendre à préparer des semences dans les règles de l'art, plutôt que de leur vendre des semences brevetés toutes prêtes. Car ces semences brevetés devront être rachetées d'année en année. L'adage dit: "donnes un poisson à quelqu'un qui a faim, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie".

Écrit par : Fufus | 30/05/2010

Un problème est la qualité des semences mises sur le marché. Il y a de moins en moins de choix. Tout est fait pour la production industrielles à base de F1 stériles. Et ce n'est pas le goût qui est privilégié, mais la taille, la couleur, la conservation et la transportabilité (par exemple par camions du sud de l'Espagne ou du Maroc). L'industrie alimentaire nous fait manger des saloperies gorgées de pesticides. Désolé, mais les sélections récentes, c'est de la merde. Et oui les anciennes sélections sont bien meilleures, mais elles sont beaucoup plus rares, et donc plus chères.

Les raisons des famines dans le tiers monde sont dues: 1) aux cultures d'exportation (le Sud nourrit le Nord); 2) la ruine des petits paysans et les concentrations qui favorisent les cultures commerciales; 3) la disparition des cultures et modes de cultures traditionnels; 4) les prix des produits alimentaires fixés par l'industrie et le marché mondial.

Aujourd'hui, dans nos pays, chacun (en principe) a un logement et une voiture... mais qui dispose d'un terrain où produire ses propres fruits et légumes? Une minorité. Là est le scandale! Même les jardins familiaux sont trop petits. Mais où seraient les profits des monopoles si chacun pouvait produire une bonne partie de son alimentation. Chaque personne en pratiquant le jardinage et mangeant sa propre production serait en bien meilleure santé.

Écrit par : Johann | 30/05/2010

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