01/03/2010

Une agriculture BIO - OGM ?

La prolongation du moratoire anti-OGM est au menu de la session de printemps du Conseil national. Cette prolongation est sans doute acquise  vu les forces en présence ; cela ne devrait pas empêcher nos élus de se poser des questions et de regarder un peu plus loin que la ligne bleue des Alpes.

Le succès des plantes OGM dans les pays en voie de développement déstabilise fortement le discours des milieux anti-OGM. Le cas des variétés de coton Bt résistantes au vers de la capsule qui causent des pertes considérables dans les cultures conventionnelles et biologiques est particulièrement frappant.

 


Le coton OGM constituait en 2009 un tiers de la production du Burkina Faso, soit 115'000 hectares. En Inde c'est 87% de la production de coton qui est de type Bt, avec comme conséquence une réduction de moitié de l'usage des insecticides. Même si ces statistiques sont à prendre avec la prudence qu'il convient (admettons une erreur de 10%), il faut bien constater que le succès de ces variétés auprès des agriculteurs et en particulier des petits agriculteurs est remarquable (en Inde la taille moyenne des cultures de coton Bt est inférieure à 2 hectares). Si l'on considère en plus la pression idéologique et financière exercée par certaines ONG suisses et européennes pour inciter les paysans à refuser ce type de cultures et à se tourner vers la production BIO on ne peut être qu'étonné.

C'est ce qui est arrivé à un reporter de la radio Suisse romande en mission au Burkina. Dans l'émission « Un dromadaire sur l'épaule » du mardi 23 février dernier celui-ci, en hâte de découvrir une plantation de coton BIO, qu'il admire d'ailleurs tant les plantes paraissent vigoureuses et saines, se retrouve en fait devant un paysan qui cultive du coton OGM et en parle spontanément avec beaucoup d'enthousiasme. Perplexité du journaliste qui s'inquiète par la suite de la confusion qui existe dans l'esprit du cultivateur entre coton BIOTECH et coton BIO. (Ici un extrait de 2 minutes de ce passage de l'émission)

En fait, ce paysan ne fait, avec son bon sens, que confirmer ce que tous les milieux scientifiques disent depuis deux décennies : l'avenir est dans une agriculture qui met ensemble deux pratiques qui ont un impact positif sur la préservation de l'environnement dans le cadre d'une agriculture durable. Nous l'avons-nous même suggéré dans deux articles anciens de ce blog. En fait c'est d'une agriculture BIOGM dont nous avons besoin. Imaginons le paysan indien ou burkinabé cultivant une variété de coton Bt avec une méthode BIO et se faisant payer pour la plus value !!! C'est pour demain ? Oui mais quelle révolution dans la tête des partisans de l'agriculture biologique pure et dure. Consulter à ce propos le document publié par l'Agropolis de Montpelier en 2006 : Coton Bio ou coton Bt : Une solution pour les paysans pauvres ?

Nos conseillers nationaux qui vont voter ces prochains jours une prolongation du moratoire anti-OGM seraient bien inspirés de regarder la réalité en face et de se demander pourquoi ce qui fait l'affaire du cultivateur américain, indien ou burkinabé devrait à coup sûr faire le malheur de nos paysans. Les OGM ne sont pas la solution à tous les problèmes qui se posent à  l'agriculture mais font partie des solutions possibles.

 

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