19/09/2009

Mort du père de la « révolution verte »

Norman Borlaug, prix Nobel de la Paix et père de la « révolution verte », vient de décéder le 12 septembre à l’âge de 95 ans. A notre connaissance, la nouvelle n’a pas fait l’objet d’un seul commentaire dans la presse romande. La recherche agronomique moderne et ses impacts sur la production alimentaire ne font manifestement pas partie des sujets intéressants dans notre pays de gens bien (trop) nourris. Serait-ce un mauvais signe ?


Borlaug n’est connu chez nous que par les invectives que les milieux activistes de l’écologisme politique lui ont adressé pour ses prises de positions très claire en faveur d’une approche multidisciplinaire des problèmes de l’agriculture intégrant les méthodes modernes d’amélioration des plantes cultivées (en particulier les OGM). Venant d’un homme bénéficiant d’une longue expérience pratique et dont la carrière est auréolée d’une multitude de prix prestigieux dont le Nobel, l’affirmation selon laquelle les biotechnologies constituent une part essentielle d’une agriculture durable a son poids. Ce n’est donc qu’en dénigrant la « révolution verte » et ses résultats que l’on pouvait saper l’autorité de ce scientifique de haut vol, praticien et sélectionneur de talent. L’introduction de nouvelles variétés à haut rendement dans les années 60 n’aurait qu’aggravé la dépendance aux engrais et pesticides, la main mise des multinationale semencières sur la filière agricole. Inutile de rappeler la somme de mauvaise foi, voire de bêtise qu’il y a dans ce genre d’argumentation ; il n’en reste par moins qu’aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales qui ignorent la faim, ce point de vue fait partie des idées reçues.

On oublie aisément que l’augmentation de la productivité des céréales essentielles (maïs, blé et riz) a sauvé de la malnutrition des millions d’hommes de femmes et d’enfants et qu’aujourd’hui, si la production de céréales est globalement suffisante, c’est bien parce que ce type agriculture est un succès. Des pays comme la Chine et l’Inde lui doivent leur quasi autosuffisance alimentaire.

Il faut relire le discours de Borlaug donné en décembre 1970 lors de la remise du prix Nobel, pour apprécier sa clairvoyance. Il y récuse l’utilisation de l’expression « révolution verte », affirmant que l’amélioration des plantes cultivées est un processus dynamique et continu qui ne procède pas par sursaut mais qui ne peut ni ne doit cesser, et dans lequel il s’agit avant tout d’être critique, ouvert et vigilant. Il y dénonce aussi la vision malthusienne selon laquelle l’augmentation de la productivité agricole ne ferait que stimuler la croissance démographique.

Il faut lire aussi son discours de septembre 2002 devant le comité Nobel norvégien dans lequel il fait état du bilan des 30 années passées et surtout des problèmes actuels de la sélection des plantes cultivés (amélioration de la productivité, résistances aux pathogènes). Il nous confirme que nous devrions doubler la productivité agricole d’ici 2025. Il y critique les collectivités publiques et les gouvernements pour leur désengagement de la recherche agronomique de pointe et son abandon au secteur privé. Il y voit à juste titre à la fois l’action dogmatique d’une droite qui ne voit que par « le marché » et d’une gauche dogmatique minée par un écologisme de bazar qui refuse tout investissement dans une recherche agricole moderne. Il reproche aussi aux gouvernements de privilégier une approche basée sur l’illusion du risque zéro, dont le seul effet est de priver les agriculteurs des outils dont ils ont besoin pour assumer leur tâche.

Son message final est clair : « Les scientifiques ont l’obligation morale d’attirer l’attention des leaders politiques & religieux, des milieux de l’éducation sur l’importance et le sérieux de la situation à laquelle nous faisons face en ce qui concerne les surfaces de terres arables, la démographie, la nourriture et l’environnement. Ces problèmes ne se résoudront pas d’eux-mêmes. Si des solutions raisonnables basées sur la science de sont pas mises en applications nous ne pourrons que difficilement assurer le futur

 

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