24/05/2009

Le journalisme et le doute

Le journaliste français Jean-Claude Jaillette vient de publier un livre intitulé "Sauvez les OGM". Le fait est suffisamment rare, d'un intellectuel français prenant sa plume pour rétablir certaines vérités au delà de la propagande et du politiquement correct pour que nous y consacrions un article de blog. L'excellente émission de la RSR Médialogues avait d'ailleurs parlé de ce sujet, le 14 mai dernier.


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La situation de Jean-Claude Jaillette est tout à fait remarquable. Jaillette est en effet connu en France pour être l'un des journalistes à l'origine de la campagne de refus et de dénigrement des OGM. Journaliste à Libération, il a été en responsable en novembre 1996 de l'article de intitulé « Alerte au soja fou », que d’aucuns considèrent comme le lancement en France du lynchage médiatique des OGM. Libé.jpg

Jaillette reconnaît aujourd'hui que la problématique de la technologie transgénique est minée par l'idéologie. Toute la réflection sur le sujet a quitté le terrain du débat rationnel et démocratique pour entrer dans une polémique idéologique se situant dans un milieu strictement politique. Pour l’auteur, il faut "sauver" les OGM car ils sont indispensables à une agriculture durable. L’auteur rappelle cruellement  qu’« autour de la France barricadée » (il aurait pu ajouter presque toute l'Europe et la Suisse) , la recherche continue : Monsanto investit 2 millions de dollars par jour dans ses programmes, alors que le gouvernement français annonce un hypothétique et imprécis plan de 45 millions d’euros… sur 3 ans; sans parler de Syngenta, Bayer et autres.

Pourquoi l’activisme de Greenpeace contre les OGM est-il quasi absent aux États-Unis (là où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? Réponse de l’auteur : une affaire de gros sous pour l’organisation « toujours à la recherche des meilleurs créneaux pour drainer des contributions financières ». De nombreuses ONG ont d'ailleurs fait du slogan "non aux OGM" leur slogan favori (sans grand risque pour elles-même et au mépris des intérêts des agriculteurs).

En passant Jaillette dénonce l'imposture de certain de ces confrères et consoeurs, qui sans s'embarrasser de nuances montent tous de le train anti-OGM avec des articles et documentaires partial et résoluments partisans et avec la complicités de certaines chaînes télévisions et autres médias à la recherche d'audience, qui préfèrent diffuser un documentaire anti-OGM plutôt qu'un reportage sérieux sur le sujet.

« La religion anti-OGM a besoin de martyrs »; J.-C. Jaillette déconstruit, preuves à l'appui,  l'histoire soigneusement arrangée de l’agriculteur canadien Percy Schmeiser (attaqué en justice par Monsanto pour avoir cultivé clandestinement du colza OGM) et le mythe des chercheurs maudits soit-disant privés de crédits parce qu'ils ont publié des résultats critiques.

Le vent tourne, le doute s'installe dans les milieux du journalisme; certains commencent à réaliser la manipulation dont ils ont été et sont encore l'objet de la part de certains milieux environnementalistes et tiers-mondistes. Le succès des plantes transgéniques hors d'Europe et tout à fait remarquable. Sauf à considérer les paysans américains, africains & indiens comme de pauvres types incompétants, victimes d'une conspiration économique cynique dirigé depuis St Louis (USA) il convient maintenant de réaliser qu'ils ont peut-être des arguments valables pour avoir fait ce choix. Ce choix sera-t-il bientôt offert aux agriculteurs européens (et suisses)? La recherche agronomique publique sera-t-elle vraiment encouragée? Questions pour le moment sans réponses.

Commentaires

Les OGM c'est la privatisation du vivant. Le paysan ne peut plus récolter les graines de ce qu'il a semé. Pire, dans un champ sans OGM contaminé par les OGM, les semences n'appartiennent plus au paysan. Les OGM, c'est de l'accaparement, la monopolisation du vivant, du vol. Il est tellement facile d'acheter certains paysans indiens et africains! Pas tous. Et l'agriculture biologique (qualité au lieu de quantité) progresse, ce qui est le plus important. Et on est en train de redécouvrir des variétés de fruits et légumes goûteux. Cf Pro Specie Rara.

http://www.prospecierara.ch/Generator.aspx?tabindex=0&tabid=128&palias=fr

Quant aux ricains et la bouffe, beurkkkkk! Sucres et graisses, aucun goût pour des aliments raffinés et la cuisine. Regardez le nombre d'obèses aux USA! Boeufs aux hormones, c'est du même tonneau. Et ils veulent nous imposer ces merdes! Pour faire du fric. Certains journalistes apparemment n'ont aucun problème à tourner leur veste et à se vendre.

Écrit par : Johann | 24/05/2009

Mais OUI, que vive ProSpecieRara que je soutiens et encourage dans son excellent travail.
Je constate que le mythe de la propriété des semences par le paysan a la vie dure (relisez un de mes vieux blogs "Souveraineté alimentaire et maîtrise technologique" & "Mourir de faim ? Pourvu que ce soit sans OGM")
Je pourrais vous expliquer pourquoi la transgenèse bien utilisée est une des méthode de choix pour préserver la biodiversité des plantes cultivées. Mais pour cela il faudrait reprendre calmement la discussion sur les OGM où tout le monde l'a laissée il y a une quinzaine d'année.
Inutile d'engueuler les "amerlocs" et de se plaindre de la "malbouffe" ça n'avance à rien et c'est mauvais pour la santé.
Imaginer que les nouvelles techniques de la génétiques (y compris les OGM) soient responsables de tout ce qui va mal dans l'agriculture et l'alimentation c'est se tromper d'adversaire. On enseigne dans toutes les écoles militaires que c'est la pire des erreurs. Alors cherchez les vraies raisons où elles se trouvent: la bêtise (qualité largement répandue) et la cupidité (son alliée de toujours).
On pourrait ajouter dans un autre contexte que la "malbouffe" est une conséquence de la pauvreté et des prix de plus en plus élevés de la bonne nourriture.

Écrit par : lerupestre | 25/05/2009

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