23/03/2009

Etes-vous "pour les OGM" ? Ni POUR ni CONTRE, bien au contraire

Cette manière bien vaudoise de se moquer d'un poseur de (mauvaise) questions pourrait bien s'appliquer au débat sur la culture de plantes transgéniques. Les scientifiques suisses sont opposés à une prolongation du moratoire sur l'utilisation des OGM dans l'agriculture, ils demandent une approche raisonnée et intelligente des problèmes posés par la sélection des nouvelles variétés de plantes cultivées; du coup, pour la gauche et la droite écologique qui s'approvisionne au même râtelier d'information, si ils ne sont pas CONTRE, ils doivent être POUR. C'est évidemment plus simple, cela permet de disposer de cette argumentation binaire, simple et si chère aux politiques. Les bons d'un côté et les mauvais de l'autre.


La position des milieux scientifique est heureusement plus nuancée et plus subtile. Nous savons que l'agriculture, non seulement conventionnelle mais aussi biologique, utilise trop de pesticides. Nous pensons aussi et qu'il est possible de renforcer la résistance des plantes aux maladies et ravageurs, de manière plus naturelle et plus sophistiquée. Parmi toutes les voies disponibles celles que nous offre la transgenèse est très prometteuse et ne peut simplement pas être négligée, nous le savons par de nombreuses expériences en laboratoire et en champ. Nous savons aussi que seule une recherche publique comme celle qui se pratique dans notre pays, peut aboutir à des résultats utiles à notre agriculture. Nous ne voulons plus que la production de pommes de terre, de céréales ou de fruits nécessite une dizaine de traitements par saison. Nous ne voulons pas que l'agriculture biologique continue de pulvériser des insecticides, fussent-ils naturels (1), ou des fongicides aussi nuisibles à l'environnement que le cuivre ou le soufre. Nous ne pouvons poursuivre dans une attitude de procrastination qui laisse le champ libre aux multinationales semencières et agro-chimiques et pénalise unilatéralement une recherche indépendante. Dans une étude de la production scientifique dans le domaine des biotechnologies végétales, nous étions, en 2004, au 5ème rang mondial; souhaitons que nous le soyons aujourd'hui encore.

En ce mois de mars 2009 nous célébrons la première mise en culture en champ d'une plante génétiquement modifiée en Suisse Romande. 950 m2 de blé de printemps, dont 350 m2 de variétés génétiquement modifiées pour résister à des maladies fongiques ont été semés le 12 mars, à Pully sur les terrains de l'Agroscope de Changins-Waedenswil. Il y a 10 ans, en 1999,la première demande mise en culture de variétés de pommes de terre résistantes au mildiou avait été refusée. En 2001 une demande de mise en culture de variétés de blé résistantes avait été elle aussi refusée. C'est grâce à la tenacité de nos collègues de l'École Polytechnique Fédérale de Zürich, soutenus par l'ensemble de la communauté scientifique suisse, que nous pouvons aujourd'hui célébrer ce modeste événement.

La route sera encore longue et semée d'embûche; nous ne pouvons attendre de tous les hommes et femmes politiques qu'ils renoncent du jour au lendemain à la facile et utile démonisation d'une technologie. Nous savons aussi, d'expérience, qu'ils n'écoutent pas les recommandations des milieux scientifiques de notre pays et qu'ils préfèrent leur opposer l'opinion de quelques activistes étrangers. Il reste à espérer que les plus convaincus d'entre eux, les Géraldine Savary, Joseph Zysiadis et autres, par leur attitude ambiguë et leurs provocations (2) ne suscitent pas quelques vocations de piétineurs et faucheurs masqués.

Nos chercheurs ont conçu le riz doré (OGM enrichi en pro-vitamine A) et ils l'ont donné aux plus pauvres et plus mal nourris de cette planète, c'est un des honneurs de la Suisse; en ces temps de crise bancaire, sur fond de spéculation éhontée et de mise en cause de notre protection de l'évasion fiscale, il est bon de se le rappeler.

(1) Contrairement à une croyance répandue, l'agriculture biologique autorise l'utilisation d'insecticides totaux & toxiques comme le pyrèthre et la roténone, à la condition qu'il ne soient pas produits par synthèse chimique. Le sulfate de cuivre qui détruit toute la flore fongique du sol est aussi autorisé.

(2) Zysiadis s'entraîna l'année passée à Denens sur les terres de son ami de Buren, à la fauche de quelques épis de blé.....

17:24 Publié dans Science | Tags : ogm, blé, riz, pully, agriculture | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Que de propagande...

Vous êtes bien naîf M. le rupestre...

La réponse OGM est une réponse bien trop simpliste... à un problème très compliqué....

c'est malheureusement pas aussi simple que ça... les conséquences liées à la dispersion de gênes modifiés ne sont pas connues et peuvent engendrer des problèmes grâve par contamination des espèces sauvages....

l'homme ne peut pas déséquilibrer les écosystèmes indéfiniment sans retour de manivelle.....

Le seul attrait des OGM est pécunier..... et encore c'est du court terme....

Fauchons!

Écrit par : Jesus | 23/03/2009

Fauchons! C'est clair. Je ne l'ai encore jamais fait, mais je suis prêt à aller le faire n'importe où dans la région si l'occasion se présente.

Écrit par : Sandro Minimo | 23/03/2009

Le rupestre néglige de préciser, que dans une certaines mesure, les OGM sont le fonds de commerces de certains scientifiques. D'où un sacré conflit d'intérêt quand ces mêmes scientifiques sont appellés à être "expert" dans le débat public à ce sujet.

A sacrée déontologie !

Écrit par : Djinius | 31/03/2009

ALlez donc demander aux mexicains (soja) et aux indiens (coton) ce qu'ils pensent des cultures transgéniques : après un an de résultats prometteurs, c'est une catastrophe écologique et économique pour les producteurs :
-les producteurs sont pied et poings liés vis à vis des semenciers
-baisse spectaculaire des rendements
-Accroissement de la résistance des parasites (après 3 ans, il faut plus de pesticides pour du transgénique que pour du conventionnel !)
-contamination des cultures conventionnelles et biologiques

Le bio et l'équitable, menée en parallèle avec une politique d'information "consommateur raisonable" sont la seule voie dans une optique de protection de l'environnement et de la santé publique.

Philippe
http://biotissus.com

Écrit par : biotissus | 23/11/2009

Je suis tout à fait d'accord avec votre opinion sur les OGM et avec l'opinion de la très grande majorité des scientifiques dans le monde: Ceux-ci sont une opportunité unique de diminuer les intrants ( Phytosanitaires et engrais)tout en augmentant les rendements et la qualité des produits.La situation en Suisse est équivalente de la situation en France: 90 % des scientifiques français souhaitent le developpement des biotechnologies vertes dont l'une des applications se décline sous forme d'OGM.Et les scientifiques qui sont opposés aux OGM se font une notoriété à peu de frais alors que généralement ils n'ont pas fait preuve de leurs compétencs dans leur domaine de prédilection.Sachez que 35 chercheurs viennent de créer en France l'Association Française des biotechnologies vertes ( AFBV), présidée par le professeur Jean Marc Fellous et parrainée par Axel Kahn, dans le but de donner une information objective sur les biotechnologies végétales. Peut être que les chercheurs suisses pourraient faire de m^me en Suisse ou se joindre à l'AFBV ? Voir le site de l'AFBV qui s'ouvre cette semaine.

Écrit par : kressmann | 08/12/2009

Les commentaires sont fermés.