30/08/2008

On rase gratuit

Les événements du Caucase n’ont pas affecté le prix du brut. C’est rassurant, car cela montre que la confiance règne, et que, malgré les discours enflammés, tout le monde considère que la Russie n’ira pas plus loin et que l’oléoduc de la Caspienne n’est pas menacé. Entre gens sérieux on se comprend à mi-mot.

Il faut toutefois ne pas croire que le prix de l’or noir  va en rester là, un retour en arrière n’est plus possible et à l’exception de fluctuations saisonnières, le prix va augmenter ; même les plus acharnés partisans de la bagnole à tout prix l’admettent et envisagent le pire. Il n’en fallait pas plus pour que depuis environ une année, les bons apôtres du « il n’y a qu’à » s’en réfèrent aux carburants de substitution, biocarburants par-ci, hydrogène par là, c’est un foisonnement d’idées.

L’hydrogène a du plomb dans l’aile, car à part quelques applications ciblées, on imagine mal monsieur  tout-le-monde faire rouler sa voiture à l’aide d’un combustible si cher à produire (à coup d’électricité nucléaire bien entendu). Quelques collègues rêvent de produire de l’hydrogène avec des bactéries photosynthétiques ou des chimio-bactéries thermophiles, mais je doute qu’une telle production n’atteigne jamais l’échelle industrielle souhaitée.

Les biodiesel, biogaz et autres produits de la fermentation des résidus de l’agriculture ont par contre le vent en poupe. Il est certain que des progrès techniques majeurs des processus de fermentation vont voir le jour, on peut encore optimiser les rendements énergétiques des biotransformations. Toutes les méthodes de production de biocarburants sont basées sur une dégradation de la cellulose et des molécules apparentées, voire des lipides d'origine agricole. Les recherches sur la dégradation de la lignine produisent déjà des résultats intéressants. Cette dernière doit cependant, comme la cellulose, être considérée comme un bien précieux; ses produits de dégradation naturels (les acides humiques) contribuent à la formation du complexe argilo-humique constituant fondamental de la bonne structure d'un sol et donc finalement de sa fertilité. Tout prélèvement de lignine aura donc un coût écologique dont il faudra tenir compte. Il n'est pas certain non plus que le bois et les déchets forestiers puissent être une source de carburant compétitive, leur utilisation pour la construction ou pour le chauffage est certainement prioritaire. Il nous faut absolument laisser l’usage des biocarburants en priorité à l’agriculture sachant que pour une agriculture mixte en plaine il faut pour satisfaire les besoins propres à l’exploitation consacrer environ 10% des surface cultivées, voire plus,  à la production de carburants ( voir : ICI). Il faut ajouter à cela le transport et la transformation des céréales, oléagineux, et autres en produits finis. On voit donc  qu’il ne restera pas grand-chose pour faire rouler notre chère voiture. Au prix où l'on va devoir payer les engrais, le lisier et autres déchets animaux vont aussi devoir être réservés à la fertilisation des sols, inutile de trop rêver de biogaz.

L’idée farfelue qui voudrait que chaque être humain (nous sommes déjà plus de 6 milliards) puisse consommer l’équivalent énergétique de ce que consomme un citoyen suisse, est déjà abandonnée. Nous allons devoir revenir, au minimum, à un mode de vie qui a été celui d'il y a 50 ans, après la guerre.  La vie n’était pas facile mais elle n’était pas désagréable : on voyageait peu, on ne mangeait de la viande que le dimanche et on gardait longtemps les mêmes vêtements. Nous vivions mieux que la plus grande part de l’humanité d’aujourd’hui. On ne rasera plus gratuit: c'est bien fini.

Commentaires

Bon texte!

On diverge complètement sur la question des OGM, mais sur les ressources énergétiques, il n'y a pas de doute : c'est la décroissance qui nous attend, qu'on le veuille ou non!

>L’idée farfelue qui voudrait que chaque être humain (nous sommes déjà
>plus de 6 milliards) puisse consommer l’équivalent énergétique de ce que
>consomme un citoyen suisse, est déjà abandonnée. Nous allons devoir
>revenir, au minimum, à un mode de vie qui a été celui d'il y a 50 ans,
>après la guerre. La vie n’était pas facile mais elle n’était pas
>désagréable : on voyageait peu, on ne mangeait de la viande que le
>dimanche et on gardait longtemps les mêmes vêtements. Nous vivions mieux
>que la plus grande part de l’humanité d’aujourd’hui. On ne rasera plus
>gratuit: c'est bien fini.

Voilà une manière simple et posée de dire ce que je tends à dire de manière parfois polémique sur mon blog.

Bonne journée,

Sandro

Écrit par : Sandro Minimo | 31/08/2008

"Voilà une manière simple et posée de dire ce que je tends à dire de manière parfois polémique sur mon blog."
Toute la différence est là, et elle est gigantesque. Catherine Riva met un terme à ses chroniques dans le Matin Dimanche.
"les pontes autoproclamés du climat ont réussi à transformer le mot "sceptique" en insulte. Une dérive lexicale estomaquante car le propre de l'esprit scientifique, c'est précisèment le doute méthodique"
Vous ne doutez jamais, Sandro Minimo. Un parfait esprit totalitaire...

Écrit par : Géo | 31/08/2008

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